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227e anniversaire de la naissance de la République

L'Histoire de la République française et ses valeurs fondatrices.


22 septembre 1792 : l'An 1 de la République.


22 Septembre 2019 - 00:00
     


21 septembre 1792 : première séance de débats des députés de la Convention

Après les évènements du 10 août 1792, l’assemblée législative vote, le jour même, la suspension du Roi, met fin à sa législature et convoque une nouvelle assemblée : la Convention nationale.

Le nom choisi est inspiré par les Etats Unis d’Amérique qui ont connu aussi leur révolution. Les élections pour la Convention ont lieu du 2 au 6 septembre 1792 pour élire les 749 membres. Elle est dominée à l’issue du scrutin par les girondins.

Réunis à partir du 20 septembre, jour de la bataille de Valmy remportée par les troupes françaises grâce à leur courage et à d’autres causes, c’est le 21 septembre 1792 que les députés de la Convention tiennent leur première séance de débats sous la présidence de Jérôme Petion de Villeneuve, élu à ce poste la veille.

Un premier décret est débattu et adopté : "La Convention nationale déclare :
1° Qu'il ne peut y avoir de Constitution que celle qui est acceptée par le peuple ;
2° Que les personnes et les propriétés sont sous la sauvegarde de la Nation"
.

Puis, Jean-Marie Collot d’Herbois, comédien élu député de Paris, montagnard, membre du Club des Jacobins et farouche opposant à la monarchie, prend l’initiative de proposer l’abolition de la royauté. La révolution poursuit sa marche et Louis XVI sa chute.

Photo : Fred Th.
Photo : Fred Th.

Le premier document de la République

Collot d'Herbois : "Vous venez de prendre une délibération sage ; mais il en est une que vous ne pouvez remettre à demain, que vous ne pouvez remettre à ce soir, que vous ne pouvez différer un seul instant sans être infidèles au voeu de la Nation, c'est l'abolition de la royauté" (Applaudissements unanimes).

Quinette : "Ce n'est pas nous qui sommes juges de la royauté : c'est le peuple; nous n'avons la mission que de faire un gouvernement positif, et le peuple optera ensuite entre l'ancien où se trouvait une royauté, et celui que nous lui présenterons. Quant à moi, comme représentant du peuple, je ne songe ni au roi ni à la royauté; je m'occupe tout entier de ma mission, sans songer qu'une pareille institution ait jamais pu exister. Je pense donc qu'il est inutile de s'occuper en ce moment de la proposition du préopinant ".

Grégoire : "Certes, personne de nous ne proposera jamais de conserver en France la race funeste des rois; nous savons trop bien que toutes les dynasties n'ont jamais été que des races dévorantes qui ne vivaient que de chair humaine. Mais il faut pleinement rassurer les mais de la liberté. Il faut détruire ce talisman magique dont la force serait propre à stupéfier encore bien des hommes. Je demande donc que, par une loi solennelle, vous consacriez l'abolition de la royauté". L'assemblée entière se lève par un mouvement spontané et décrète par acclamation la proposition de l'abbé Grégoire, évêque de Blois.

Bazire : "Je demande à faire une motion d'ordre. L'assemblée vient de manifester par l'unanimité de ses acclamations sa haine profonde pour les rois. On ne peut qu'applaudir à ce sentiment si concordant avec celui de l'universalité du peuple français. Mais il serait d'un exemple effrayant pour le peuple de voir une Assemblée, chargée de ses plus chers intérêts, délibérer dans un moment d'enthousiasme. Je demande que la question soit discutée".

Grégoire : "Eh ! Qu'est-il besoin de discuter quand tout le monde est d'accord ? Les rois sont dans l'ordre moral ce que les monstres sont dans l'ordre physique. Les cours sont l'atelier des crimes et la tanière des tyrans. L'histoire des rois est le martyrologue des nations. Dès que nous sommes tous également pénétrés de cette vérité, qu'est-il besoin de discuter ? Je demande que ma proposition soit mise aux voix, sauf à la rédiger ensuite avec un considérant digne de la solennité de ce décret".

Ducos : "Le considérant de votre décret, ce sera l'histoire des crimes de Louis XVI, histoire déjà trop bien connue du peuple français. Je demande donc qu'il soit rédigé dans les termes les plus simples; il n'a pas besoin d'explication après les lumières qu'a répandues la journée du 10 août".

La discussion est fermée.
Il se fait un profond silence.

La proposition de Grégoire, mise aux voix, est adoptée au bruit des plus vifs applaudissements.
"La Convention nationale décrète que la royauté est abolie en France".
Les acclamations de joie, les cris de : " 'Vive la nation !' répétés par tous les spectateurs, se prolongent pendant plusieurs instants". (1)

Le procès-verbal du décret adopté à l’unanimité par acclamation par les députés de la Convention est conservé aux Archives nationales.

C’est le premier document de la République. Il porte les signatures de Jérôme Pétion de Villeneuve, Président de la Convention et des secrétaires de séances, Jean-Pierre Brissot de Varville et Marc David Alba Lasource.

Il est mentionné "Collationné à l’original par nous Président et secrétaires de la convention nationale à Paris ce 22 7bre 1792, l’an premier de la république françoise." Une annotation signée de Georges Danton et de Gaspard Monge figure en marge en référence à la suspension du Roi le 10 août précédent : "En vertu du Décret du 10 août 1792 le 22 7bre 1792, l’an Ier de la république françoise au nom de la nation". (2)

22 septembre 1792 : la Convention date les actes publics de l'An 1 de la République

Mais, c’est le lendemain, 22 septembre 1792, que la Convention décidait que désormais, les actes publics seront datés de "l'An 1 de la République".

Cette décision était issue d’une proposition de Georges Danton qui allait abandonner son poste de Ministre de la Justice occupé depuis le 10 août 1792 pour siéger à la Convention où Paris l’avait élu et de l’initiative du député de Paris Jacques Billaud-Varenne, membre éminent du Club des Jacobins qui avait succédé à Danton le 10 août 1792 en qualité de substitut du Procureur de la commune de Paris.

Pour Maximilien Robespierre, la France est entrée en République de manière "furtive".

Tandis que le Ministre de l’Intérieur, Jean-Marie Roland de la Platière, devant la Convention Nationale, le 22 septembre 1792, s’exprimait ainsi sur la volonté des français et les responsabilités des nouveaux dirigeants :

"(…) Des rois ! Ils n’en veulent plus. Ils savent que hors de la République, il n’est point de liberté. (…) La France ne sera plus la propriété d’un individu, la proie des courtisans (…)
Il ne faut pas nous le dissimuler, autant ce glorieux régime nous promet de biens, si nous sommes dignes de l’observer, autant il peut nous causer de déchirements, si nous ne voulons approprier nos moeurs à ce nouveau gouvernement. Il ne s’agit plus de discours ou de maximes, il faut du caractère, des vertus. L’esprit de tolérance, d’humanité de bienveillance universelle, ne doit plus être seulement dans les livres de nos philosophes; il ne doit plus se manifester uniquement par ces manières douces ou ces actes passagers, plus propres à satisfaire l’amour propres de ceux qui les montrent qu’à concourir au bien général; il faut qu’il devienne l’esprit national par excellence; il doit respirer sans cesse dans l’action du gouvernement, dans la conduite des administrés; il tient à la juste estime de notre espèce, à la noble fierté de l’homme libre, dont le courage et la bonté doivent être les caractères distinctifs.
Vous allez, messieurs, proclamer la République, proclamez donc la fraternité, ce n’est qu’une même chose. Hâtez-vous de publier le décret qui l’établit, faites-le parvenir dans toutes les municipalités de votre département; accusez moi sa réception. Annoncez le règne équitable mais sévère de la loi. Nous étions accoutumés à admirer la vertu comme belle, il faut que nous la pratiquions comme nécessaire; notre condition devenant plus élevée, nos obligations sont aussi plus rigoureuses. Nous obtenons le bonheur si nous sommes sages; nous ne parviendrons à le goûter qu’à force d’épreuves et d’adversités, si nous ne savons pas le mériter. Il n’est plus possible de le fixer parmi nous, je le répète, que par l’héroïsme du courage, de la justice et de la bonté; c’est à ce prix que le met la République".
(3)

La République est exigeante. Ses valeurs fondatrices sont intemporelles. Pourtant, le 220e anniversaire de la République n’a pas reçu de commémoration officielle. Pourquoi ? Trop exigeante, peut-être, pour aujourd’hui, à moins que ce ne soit le frisson persistant de la Terreur qui a corrompu la République de 1792.
 

***

Sources :
(1) "Journal officiel de la Convention Nationale - La Convention Nationale (1792-1793), Procès-verbaux officiels des séances depuis le 21 septembre 1792, Constitution de la grande assemblée révolutionnaire, jusqu'au 21 janvier 1793, exécution du roi Louis XVI, seule édition authentique et inaltérée contenant les portraits des principaux conventionnels et des autres personnages connus de cette sublime époque" - auteur non mentionné.
Librairie B. Simon & Cie, Paris, sans date, pages 10 à 11 cité par http://les.guillotines.free.fr/abolition%20de%20la%20royaute.htm
Grégoire est l’abbé Grégoire, député à l’Assemblée Constituante puis à la Convention et l’un des rédacteurs de la Constitution civile du clergé.

(2) Archives nationales.
(3) "Journal officiel de la Convention Nationale – La Convention Nationale (1792-1793), Procès-verbaux officiels des séances depuis le 21 septembre 1792, Constitution de la grande assemblée révolutionnaire, jusqu’au 21 janvier 1793, exécution du roi Louis XVI, seule édition authentique et inaltérée contenant les portraits des principaux conventionnels et des autres personnages connus de cette sublime époque" - auteur non mentionné.
Librairie B. Simon & Cie, Paris, sans date, pages 18 à 20 et Livre des sources médiévales et http://les.guillotines.free.fr/22%20septembre%201792.htm.


L'Assemblée nationale consacre une page web sur cet anniversaire : 22 septembre 2012 : 220e anniversaire de la République. 

***

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7 novembre 2012 : Le procès de Louis XVI sur Paris Tribune.
3 décembre 2012 : Le Procès du Roi, il y a 220 ans.
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10 décembre 2012 : Rapport Lindet : historique de la conduite du Roi Louis XVI avant son procès.

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Partie 8 : La Terreur sous la Révolution aurait-elle pu être évitée il y a 220 ans ?
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24 septembre 2012 : « La République est une et indivisible » depuis 220 ans
22 septembre 2012 : 220e anniversaire de la naissance de la République.
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- 5 octobre 2011 : Qui convoite la place au métro Convention ?
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Journaliste, coordinateur des articles sur l'histoire, culture et politique, ventes aux enchères. En savoir plus sur cet auteur




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