Campagne contre le plan 1000 caméras : un public subversif

A la Une de Cinquième Tribune


En réponse au discours alarmiste présenté par les opposants au plan 1000 caméras à Paris, la salle propose avec beaucoup d'humour d'autres manières de "se rebeller".


18 Octobre 2009 11:22

Les intervenants de la Ligue des Droits de l’Homme, du Parti de Gauche et du Collectif du 5ème contre le plan 1000 caméras n’en reviennent toujours pas.

Non seulement à La Moquette avant-hier soir ils n’ont jamais eu, de leur propre aveu, autant d'audience (une soixantaine de personnes) mais leurs arguments révolutionnaires (pas de compromis possible, il faut refuser les caméras qui n’amènent pas à la liberté) ne font pas recette. Après avoir écouté religieusement les différents points (lire l'article La rive gauche sensibilisée au plan 1000 caméras ) le public s’approprie le sujet, se lance dans une folle et pertinente dialectique (traquant contradictions, incohérences, bizarreries et tensions) et presque l’air de rien, fait jouer les caméras contre elles-mêmes. Le résultat est inédit.
L'animateur de La Moquette a accepté une soirée de débat sur le plan 1000 caméras à Paris

Une première remarque décomplexe d’emblée la salle : « On tombe dans la facilité même si vos arguments sont intéressants. Est-ce que ces arguments vont faire reculer la société alors que la demande de sécurité est grande ? C’est pour répondre à ses angoisses que la société s’en remet aux technologies et les français ne refuseront pas les caméras car ils ont peur ».

Une autre personne se « demande si ce projet mérite l’excès d’indignité et l’excès de confiance qu’on lui attribue : cela m’a tout l’air d’être un effet d’annonces. La sécurité ne va pas être réglée par des caméras ».

« A l’époque, on prédisait que l’ordinateur ne pourrait rien apporter à la société ! » rappelle une personne qui ne souhaite pas « faire porter à des techniques un poids social qu’elles n’ont pas. La caméra devient un totem pour régler les problèmes alors que le fond du problème c'est la sécurité sociale ».

« Si cette technologie progresse, peut-être permettra-t-elle un jour aux aveugles de voir ? »

« A chaque crise, poursuit une autre, il y a plus de contrôle. La caméra s’inscrit dans une logique sociétale du rapport à l’autre. On veut créer une société parfaite sans risque. Or le risque existera toujours. On est en train de créer l’impossible. »
« En Grande-Bretagne, un groupe de rock alternatif s’est fait connaître en réalisant gratuitement son clip grâce aux caméras de video surveillance. Les musiciens jouaient devant elles à différents endroits et réclamaient ensuite « leurs » images », partage un autre.
« J'aime regarder ce qui se passe à Saint-Pierre et Miquelon grâce aux podcast sur internet ! »
« Submergeons les caméras d’information ! » « Filmons ceux qui nous dirigent ! » en référence à la pratique qui se répand de filmer les policiers en intervention.

Le public pointe aussi les risques d’espionnage, de renseignements, de piratage des images. « La caméra permet l’investigation. On espère que les images seront utilisées à bon escient par les juges ». D’où la nécessité de sourire (ce qui en plus permettrait, dit-on, de ne pas être reconnaissable). On l’aura compris : « On est tous des vedettes ! »
La Moquette accueille des personnes sans papiers, sans travail ou sans domicile, un lieu plein de fureurs et de bruits


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Journaliste tahitienne. Formations universitaires modestes, en droit, en sciences sociales… En savoir plus sur cet auteur
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