Futur DG de l'Unesco, 9 candidats sur le gril

Septième Tribune


7 candidats ont accepté de répondre en 2 minutes à 2 questions à la fin de leur pésentation de 60 minutes devant les 58 membres du Conseil Exécutif.


15 Septembre 2009 22:41

Etre nommé pour 4 ans Directeur Général de l'Organisation des Nations Unies pour l'éducation, la science et la culture ne signifie pas seulement devenir le plus haut fonctionnaire de l'UNESCO mais gérer au mieux une maison multiculturelle qui n'est guère épargnée par les scandales - certains font actuellement l'objet de poursuites - et brassant 631 miliards de dollars américains soit 430 milliards d'euros en 2008-2009. Forte de 1900 fonctionnaires internationaux et d'un nombre inconnu d'intérimaires, l'UNESCO relève année après année les défis de la paix à travers 5 Grands Programmes. La quintessence, ou 5 bonnes manières de promouvoir la paix par l'Education, les Sciences exactes et naturelles, les Sciences sociales et humaines, la Culture, la Communication et l'Information sur les 5 continents.
L'audtion des 9 candidats par les 58 membres du Conseil exécutif, retransmise en direct dans une autre salle pour les membres des autres pays.

Le candidat algérien proposé par le Cambodge

Mohammed BEDJAOUI
Ancien ambassadeur de l'Algérie en France, ancien Délégué permanent de l’Algérie auprès de l’UNESCO, ancien ambassadeur aux Nations Unies, ancien membre du Conseil exécutif de l'UNESCO, Juge à la Cour internationale de justice de La Haye pendant près de vingt ans, Mohammed Bedjaoui fait partie, à 80 ans, des poids lourds.

Septième Tribune : Quelle est l'idée-force de votre programme pour l'UNESCO ?
Mohammed Bedjaoui : L'UNESCO est une organisation internationale unique destinée à dispenser la coopération intellectuelle dans les instances internationales. Beaucoup d'entre elles oeuvrent également pour l'éducation mais peu peuvent égaler les prestations de l'UNESCO. L'Unesco est comme un oiseau avec des ailes de briques. Il faut redorer le blason de l'organisation et travailler sur et pour l'excellence. Sur la qualité.

Septième Tribune : En cas de nomination, quelle serait votre première action ?
Mohammed Bedjaoui : En raison de la crise économique mondiale, il ne faut pas changer les structures de l'Unesco mais combattre la bureaucratie, l'absentéisme et donner au personnel des assurances d'être bien traité et de pouvoir bien travailler. Ce n'est pas l'oeuvre d'un homme mais d'un groupe.

La candidate lituanienne proposée par la Lituanie, l'Estonie et la Lettonie

Ina MARČIULIONYTĖ
Ambassadeur et Délégué permanent de la République de Lituanie auprès de l'UNESCO depuis le mois de janvier 2003, cette ancienne journaliste de 47 ans (correspondante et rédactrice en chef adjointe dans un journal régional puis rédactrice en chef d'un magazine) devenue vice-ministre des Régions et du patrimoine culturel dans son pays, cumule les responsabilités à l'Unesco depuis 2004 : Vice-Présidente du Conseil exécutif de l'Unesco depuis 2007, Membre du Conseil exécutif depuis 2005, ...

Quelle est l'idée-force de votre programme pour l'UNESCO ?
Ina Marciulioyte : Je connais bien l'UNESCO car je suis ici depuis bientôt 7 ans et auparavant j'étais vice-ministre de la culture. J'ai travaillé au Comité du Patrimoine Mondial, le plus grand département de l'Unesco. Il faut trouver le meilleur équilibre entre les sommes affectées aux programmes et les sommes affectées au personnel pour appuyer nos actions. L'Unesco a peu de moyens excepté pour les dépenses en personnel. Le personnel du secteur des sciences sociales utilise 70% des sommes allouées et seulement 30% vont aux actions. Dans le secteur de l'éducation, il y a déjà un équilibre à 50% - 50%. Il faudrait une gestion rigoureuse. C'est difficile à faire mais c'est possible. Cela dépendra du DG et des adjoints.]i

En cas de nomination, quelle serait votre première action ?
Ina Marciulioyte : Que les dons soient utilisés selon les voeux des pays donateurs. C'est une question d'éthique. Ce sera difficile mais il faut y arriver.

Le candidat égyptien proposé par l'Egypte, le Koweït, le Soudan et la Libye

Farouk HOSNY
Ministre de la Culture depuis 1987 après avoir été directeur adjoint puis directeur de l'Académie des Arts Egyptiens à Rome, Membre du Conseil d'administration de la Bibliothèque d'Alexandrie, Membre du Comité international des musées du Qatar, Professeur à temps partiel d'esthétique à l'Université de Soka Gakkai au Japon, le candidat francophone et francophile de 71 ans a reçu en juillet 2007 le Grand Prix audiovisuel du Conseil international du Film de l'UNESCO.

Quelle est l'idée-force de votre programme pour l'UNESCO ?
Farouk Hosni : L'auto-financement et des actions en direction des pays dans le besoin.

En cas de nomination, quelle serait votre première action ?
Farouk Hosni : Permettre aux femmes d'accéder à des postes à responsabilité, y compris au sein de l'Unesco.]i

La candidate équatorienne proposée par l'Equateur

Ivonne JUEZ de A. BAKI
La candidate équatorienne aux origines libanaises suit des cours en architecture à l'Université de Beyrouth, fait un passage en section Art à la Sorbonne à Paris avant d'être diplômée en politique publique à l'Université de Harvard. Ancienne ambassadrice de l'Equateur aux Etats-Unis, elle s'implique dans des fondations et ONG pour la résolution des conflits et la promotion de la paix dans de nombreuses régions du monde. Conseiller en 1998 du Président de l'Équateur dans les négociations pour le traité de paix avec le Pérou, elle est, à 58 ans, députée depuis 2006 et présidente du Parlement andin depuis 2007.

Quelle est l'idée-force de votre programme pour l'UNESCO ?
Ivonne Juez de A. Baki : Le mandat de l'Unesco est celui de la paix grâce à l'éducation, les sciences et la culture. Il faut construire la paix mais sans oublier ce mandat. La paix, ce n'est pas seulement la non violence, c'est aussi la non pauvreté, donc l'éducation. Ce n'est pas seulement la culture, c'est la tolérance. Ce n'est pas seulement les sciences, c'est la modernité. Je comprends très bien de par mes origines les cultures de l'est et de l'ouest, du nord et du sud. Il faut rendre l'Unesco visible et crédible. Obtenir des résultats en mettant l'accent sur les ressources extra-budgétaires pour mener davantage d'actions. Il faut avoir le leadership.

En cas de nomination, quelle serait votre première action ?
Ivonne Juez de A. Baki : Ecouter en priorité les états membres et déceller leurs besoins. Etre avec eux, être ensemble. Manager de façon transversale et horizontale, et non pas de façon exclusivement verticale. Il faut du dialogue. Il faut mettre les différences de côté et faire de l'Unesco une famille qui devienne un modèle pour le monde entier.

La candidate bulgare proposée par la Bulgarie

Irina Gueorguieva BOKOVA
L'Ambassadeur extraordinaire et plénipotentiaire de Bulgarie en France et à Monaco, Délégué permanent de Bulgarie auprès de l'UNESCO, titulaire d'un MBA en relations internationales obtenu à Moscou, fut boursière de la Fondation Ford à l'Université du Maryland aux Etats-Unis en politique étrangère américaine. Puis ce sera l'OTAN pour suivre un programme pour l'Europe centrale et orientale sur les institutions démocratiques mettant l'accent sur les mécanismes nationaux et juridiques pour la protection des minorités. Puis l'Université de Harvard sur le leadership et le développement économique des Etats-Unis. A 57 ans, la diplomate, également impliquée dans la société civile, a travaillé à l'ONU dès 1984 et a participé en 1990 à la rédaction de la nouvelle Constitution bulgare, devenant le chef de la délégation du Parlement bulgare à l'Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe. En1997, elle est chargée du Secrétariat d'Etat à l'intégration européenne, Premier Vice-Ministre des affaires étrangères chargé de l'ONU, l'OSCE, l'UE et l'OTAN, chef adjoint et coordonnateur de la Bulgarie-UE.

Quelle est l'idée-force de votre programme pour l'UNESCO ?
Irina Gueorguieva Bokova : Un nouvel humanisme à mettre en place pour le XXIème siècle. C'est l'idée qui traverse ma vision. Faite de solidarité, d'éducation, de culture, de paix.

En cas de nomination, quelle serait votre première action ?
Irina Gueorguieva Bokova : Remercier ceux qui m'auront élu.

Le candidat tanzanien proposé par la Tanzanie

Sospeter Mwijarubi MUHONGO
Professeur diplômé en géologie à l'Université de Dar Es-Salaam, puis en Allemagne, le 3ème candidat africain (le premier est le candidat du Bénin Nouréini Tidjani-Serpos et actuel adjoint du Directeur Général en charge de l'Afrique et le second est le candidat égyptien Farouk Hosni proposé par la Libye pro-africaine) est, à 55 ans, l'auteur et le co-auteur de plus de 150 articles scientifiques et de documents techniques sur les cartes géologiques et minérales de l'Afrique, en Afrique de l'Est et en Tanzanie. Il a co-organisé plus de 100 conférences scientifiques internationales, notamment à l'UNESCO, à l'ICSU en Afrique, en Asie et en Europe. Depuis 1999, le Professeur Muhongo préside le conseil d'administration de la Corporation minière de la Tanzanie (STAMICO). Il a présidé en 2002 la Commission gouvernementale tanzanienne d'enquête sur le meurtrier accident de mine de tanzanite.

Quelle est l'idée-force de votre programme pour l'UNESCO ?
Sospeter Mwijarubi Muhongo : L'Education.

En cas de nomination, quelle serait votre première action ?
Sospeter Mwijarubi Muhongo : Comprendre la structure de l'organisation, voir les programmes et les actions en cours. Etre avec le staff, discuter avec les personnes et les Etats et agir selon les besoins exprimés.

La candidate autrichienne proposée par l'Autriche et la Colombie

Benita FERRERO-WALDNER
Après des études de droit à Salzbourg, la candidate bien connue des européens commence sa carrière dans des sociétés privées, à la direction de la promotion et des exportations en Allemagne, à la direction des ventes pour l'Europe à New-York, chef adjoint à la direction, avant de devenir consultante à l'Ambassade d'Autriche à Madrid. Elle entre au département des affaires économiques et politiques du ministère des affaires étrangères ce qui lui ouvre la porte des ambassdes, à Dakar et à Paris où elle a vécu. Chef du protocole aux Nations-Unies, puis secréataire d'état aux affaires étrangères, elle est, à 61 ans, membre de la Commission européenne chargée des Relations extérieures et de la politique européenne de voisinage depuis 2004 après avoir été ministre des affaires étrangères pendant 4 ans.

Quelle est l'idée-force de votre programme pour l'UNESCO ?
Benita Ferrero-Waldner : Plus de visibilité et un profil plus politique. Dans les 4 piliers de son action : éducation, sciences, culture, communication et information. Comment ? En améliorant ce qui existe avec ce que l'on a. Il s'agit de mieux cibler les actions.

En cas de nomination, quelle serait votre première action ?
Benita Ferrero-Waldner : Regarder le statut quo de l'Unesco. Parler avec le staff et avec les Etats membres pour saisir tous les détails de l'organisation. Etablir des propositions à faire valider par le Conseil Exécutif.

Le siège de l'UNESCO à Paris, 7 place de Fontenoy dans le 7ème arrondissement.
Pour la 1ère fois pour la nomination du Directeur Général de l'UNESCO, les candidats ont fait une présentation de 20 minutes avant de se prêter à un jeu de questions et réponses dans les deux langues de travail du Secrétariat de l'Unesco, le français et l'anglais. Le Conseil exécutif (dont la France et les Etats-Unis membres du conseil jusqu'en 2011), doit délibérer confidentiellement en séance privée pour préparer le scrutin, "sans analyser le résultat des entretiens ni en discuter" conformément à l'article 58 de son règlement intérieur.
Le vote à bulletin secret en séance privée aura lieu à partir du 17 septembre. 5 tours sont prévus. Une fois désigné par le Conseil Exécutif, le Directeur Général doit être nommé par la Conférence générale prévue à partir du 5 octobre, en même temps que son projet de contrat fixant les conditions d'engagement, le traitement, les indemnités et le statut du Directeur Général.

Personne ne se risque à pronostiquer celle ou celui qui imprimera sa marque à l'Unesco, cru 2009-2013. En présentant directement les candidats devant les membres du Conseil Exécutif et diffusés simultanément sur écran pour les représentants des états membres, l'Unesco tente de gagner en autonomie politique. Une tentative inédite pour contre-balancer les pressions politiques et autres tractations relevant du "donnant-donnant", sans doute inévitables en pareille occasion.


Journaliste tahitienne. Formations universitaires modestes, en droit, en sciences sociales… En savoir plus sur cet auteur
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