L'élue que personne n'écoute, ou presque

Le conseil du 6e arrondissement le 30 avril 2012.


De la difficulté de rapporter un projet de délibération lorsqu'on est un(e) élu(e).


2 Mai 2012 17:48

Lors du conseil du 6e arrondissement le 30 avril 2012 où 4 élus sur 13 sont portés absents, sans doute occupés à faire campagne ou bien partis à la campagne tout court, Marie-Thérèse Lacombe prend la parole pour présenter le projet de délibération DAC 2012-359, subvention à l’association "Le 6e, Ateliers d’Artistes" pour un montant de 3 000 euros. Du côté des conseillers, personne ne l'écoute ou presque. Un désintéressement qui devient chronique.

Marie-Thésère Lacombe (UMP) est conseillère d'arrondissement dans le 6e depuis 2008 et siège en tant qu'élue au conseil de quartier Odéon avec Juliette Raoul-Duval (PS). Depuis de nombreuses séances, il est visible qu'elle n'est pas écouté par ses collègues, ou presque, lorsqu'elle rapporte des projets de délibération.

De petites discussions en parallèle ont lieu à chaque fois que la conseillère d'arrondissement rapporte. Les élus se sentent tout à coup moins concernés. D'un air entendu, ils se regardent et esquissent de légers sourires, comme s'ils devinent qu'ils ont quelques minutes de pause devant eux. L'attention, et les corps, se relâchent. Les stylos se posent, les téléphones portables sortent de leurs étuis.

Imperturbable, Marie-Thérère Lacombe poursuit sa présentation scrupuleusement. Cela dure le temps de la lecture. Tout dépend de la longueur du texte à présenter avant le vote consultatif du conseil d'arrondissement. Est-ce pour cette raison que, de fait, Marie-Thésère Lacombe ne rapporte que sur des sujets courts, consensuels et qui ne donnent lieu à aucun débat ou intervention ?

Lors du conseil du 30 avril 2012, le maire du 6e arrondissement, moins discret que d'autres pendant que sa collègue rapporte, lève les yeux au ciel, l'air mécontent, bras croisés, tandis que le premier adjoint lui fait des messes basses.

Marie-Thérèse Lacombe n'en a cure. Ce n'est pas à elle que le maire s'adresse. Elle a à coeur d'expliquer "les tenants et les aboutissants" du projet de délibération pour le public présent qui ne dispose pas de l'information et à ceux qui regardent en direct ou en différé sur internet la séance du conseil d'arrondissement (ndlr : selon nos informations, 350 lectures environ par conseil, vidéo disponible à J+2 en moyenne sur le site de la mairie).

Une élue qui s'adresse au public

Une attention qu'a du apprécier un nouveau venu au conseil du 6e arrondissement. Présent parmi le public venu plus nombreux qu'à l'accoutumée en cette veille de jour férié : Philippe Péjo, candidat aux élections législatives dans la 11e circonscription de Paris, qui regroupe les électeurs du quartier administratif Notre Dame-des-Champs du 6e arrondissement.

A la fin de la présentation du projet de délibération par Marie-Thérèse Lacombe, et avant le vote consultatif de ses collègues, Emmanuel Pierrat (Non-inscrit, élu sur la liste PS) demande la parole et l'encourage : "L'avantage c'est que tout est exhaustif, il n'y a rien à rajouter."

C'est dit. Marie-Thérèse Lacombe pense au public qui n'a pas le texte sous les yeux.

Autre élue à prendre la parole à la suite de Marie-Thérèse Lacombe : Chantal Delourme (UMP). Rapportant sur les projets de délibérations SG 2012-144 / DAC 2012-406 / DAC 2012-407, subventions et signature de 33 conventions avec 33 établissements cinématographiques parisiens pour un montant de 1 242 599 euros, elle prévient tout sourire : "Je ne serai pas exhaustive, je vous rassure !"

Félicitée pour les détails donnés au public et interrogée sur tant d'indifférence, Marie-Thérèse Lacombe hausse les épaules : "je suis ouverte à toutes les remarques et c'est tant mieux si ce que je dis permet au public de mieux comprendre."

Avec une promesse : continuer de rapporter de la façon la plus fidèle possible les projets de délibération que le maire voudra bien lui confier, sans s'écarter du texte et en les enrichissant par des informations complémentaires chaque fois que cela est possible. Une réponse pour sortir de l'entre-soi dont se disent souvent victimes les élus Parisiens, et s'ouvrir au public.


Article du 3 mai 2012 : Des erreurs qui incommodent les élus.


Journaliste tahitienne. Formations universitaires modestes, en droit, en sciences sociales… En savoir plus sur cet auteur
E riro 'outou i te au / Vous pourriez également aimer / You might also like