L’union fusionnelle des minéraux

Sixième Tribune


Les Journées de la Céramique sont l’occasion d’admirer le résultat du travail des savants de la manipulation de la terre. Les expériences les plus variées sont exposées dans les cabanes de la place Saint-Sulpice.


Johnny Tavarès
2 Juillet 2009 16:14

On sait que la Terre a un pouvoir fertilisant, que Mère Nature devance l’Homme dans son exploitation et qu'elle est la première à nous surprendre avec les merveilles qu’elle fait surgir.
Les sculptures présentées lors des Journées de la Céramique organisée du 2 au 5 juillet sur la place Saint-Sulpice, témoignent qu’armé de sa technique, l’Homme est capable d’une créativité abyssale et de faire naître à son tour des oeuvres impressionnantes des profondeurs de la terre.
Cet événement organisé dans le cadre de la 32ème plongée culturelle à la foire Saint-Germain, rassemble plusieurs techniciens qui travaillent le grès et la faïence pour faire surgir leur créations.
Ces alchimistes ont chacun leur technique et même si les matériaux sont les mêmes, les résultats qu’on nous présente, nous portent à nous interroger sur le pouvoir de ces êtres qui à la manière des fées de Cendrillon injectent de l’esthétisme là où, au départ, on n’en soupçonne pas.
« Art du Feu et de la Terre », la céramique est une technique mythique. Avant le premier baptême du feu la sculpture est « modelée », préalablement formée et séchée, puis quitte son stade d'embryon pour celui de « biscuit » une fois passée au four. C’est à partir de cette matière première terne, que l’artiste exprime toute sa gourmandise créative et détermine les couleurs et les matières qui nous intrigue lorsqu’on aborde la place Saint-Sulpice. On y applique pour cela des Émaux, des sortes de verres colorés cuits à partir de 800°C, qui unis à la faïence par les liens sacrés du brasier, envahissent de leur pigments les pores de la matière rocheuse.
C’est la manière dont on entreprend cette fusion minérale qui détermine la teinte de l’œuvre finale.
Et pour cela chaque artiste a son secret.

Valérie Lebrun par exemple, « cuit » son grès à hauteur de 1300°C. Elle applique par différentes techniques(pistolet, trempage, versage), la céramique sur ses faïences et rivalise avec Dame Nature en faisant surgir à la surface, le monde marin dans son style le plus sauvage, adoucie par un cœur d’émail qui nous donne presque l’eau à la bouche.

« On peut pas déterminer le temps nécessaire à une seule sculpture, puisque qu’on en fait généralement plusieurs à la fois ». Joëlle Gervais donne ainsi la vie à effusion, peuplant ses rayons d’êtres attachants, dont la personnalité nous fait oublier la pierre qui compose le visage de ces poupées couleur ébène.
Elle explique qu’après l’étape de cuisson on procède à «l’enfumage», qui consiste à plonger la statue dans des copeaux de bois ou autres matériaux afin que la fumée dégagée s’infuse directement à l’intérieur de l’œuvre, lui donnant ainsi de nouvelles nuances contrastées.
Elle mentionne qu’il faut veiller à ce qu’il y ait le moins d’oxygène possible pour éviter l‘incendie. Pas de fumée sans feu, mais pas de feu sans oxygène.

Bien contrôler l’oxygène, c’est bien contrôler le résultat. Un résultat déroutant dans le cas où la technique est bien maîtrisée, comme pour les poterie de Mathieu Casseau et leurs reflets métalliques.
Le savoir-faire antique réside dans la technique dite de la «terre sigillée». C’est dans l’ancienne Grèce qu’émerge l’art de créer cette illusion. Le principe est de faire une cuisson dans le four électrique avec le minimum d’oxygène, dans le but de concentrer la chaleur vers l’air contenu dans la poterie.
Cette combustion concentrée fait varier la matière et la couleur.
C’est assez complexe à réaliser, ce qui fait que les créateurs comme Mathieu ne sont pas si fréquent faute de patience.

En résumé il y a trois étapes déterminantes dans la fabrication d’une céramique : le « modelage » et le choix des roches colorées par nature, la « cuisson » qui révèle les propriété cachées des céramiques et permet la fusion des émaux et enfin « l’enfumage » qui permet d’administrer les dernières teintes. C’est la maîtrise de ces éléments, la terre, le feu et l’air, qui permet de faire varier les couleurs de X à Y.
Mais avant de pouvoir laisser libre court à la frénésie de son art, le bon conseil du céramiste Gustavo Perez est assez sage à suivre : « Commencer par des choses simples pour, avec le temps, découvrir de nouvelles possibilités ». On a besoin de temps et d’expérience avant de pouvoir jouer le rôle de marieur et pouvoir orchestrer la fusion des minéraux ou de l’émail, pour exceller dans la maîtrise des formes ou des couleurs.



E riro 'outou i te au / Vous pourriez également aimer / You might also like