Les jeunes et les chèques

Le conseil d'arrondissement le 29 novembre 2011 dans le 6e arrondissement de Paris.


Vote consultatif des élus du conseil du 6e arrondissement relatif au projet de délibération de la Mairie de Paris sur le dispositif Paris Jeunes Vacances.


7 Décembre 2011 15:00

Que veulent les jeunes ? Selon Socrate, "Nos jeunes aiment le luxe, ont de mauvaises manières, se moquent de l’autorité et n’ont aucun respect pour l’âge. À notre époque, les enfants sont des tyrans". Les observations du philosophe grec du IVème siècle avant Jésus-Christ, fondateur de la morale politique, s'appliquent-elles aux jeunes du 6e arrondissement en 2011 ?
En 2003, la Mairie de Paris met en place un dispositif Paris Jeunes Vacances pour les 18-30 ans, afin de leur faciliter l'accès "aux vacances par une contribution financière directe et leur apprentissage de l'autonomie à travers leurs démarches d'organisation de séjours sans encadrement".

David-Hervé Boutin (UMP), conseiller du 6e arrondissement chargé de la jeunesse et des sports, rapporte sur le projet de délibération de la mairie centrale visant à autoriser le Maire de Paris à poursuivre, avec des nouveautés, la mise en œuvre du dispositif Paris Jeunes Vacances. Il présente également un voeu déposé en début de séance se rapportant au projet de délibération.

Pour David Hervé-Boutin "certains arrondissements sont assez souvent stigmatisés." Assis à sa droite pendant le conseil d'arrondissement le 29 novembre 2011, Romain Levy (PS) se prend la tête entre les mains en la secouant de gauche à droite. Le dispositif bénéficie d'une enveloppe de 150.000 euros, "dérisoires par rapport au budget de la Ville de Paris". 12 arrondissements, ceux qui s'avèrent être de la majorité municipale se partagent "70%" du budget global, soit 105.000 euros ; les 8 arrondissements restants, qui s'avèrent être ceux de l'opposition municipale, se partagent 45.000 euros, soit 30 %.

Avec une enveloppe de 3.450 euros en 2011, pour les 18-30 ans du 6e arrondissement, qui baissera en 2012 à 3.100 euros pour les 16-30 ans, David-Hervé Boutin critique la "logique partiale et politisée" de la Mairie de Paris. "La mise en oeuvre est déléguée à l'arrondissement et la communication est parisienne" explique le chargé de la jeunesse et des sports en remerciant "Monsieur Julliard d'avoir suivi" les préconisations de la droite parisienne d'abaisser l'âge minimum à 16 ans, mais pas celles de fixer à 25 ans l'âge maximum.
David-Hervé Boutin critique la baisse de la subvention de 150 euros à 100 euros et l'instauration d'une subvention de 200 euros "pour une situation sociale particulière". Cet angle social "aboutit à des différences très significatives du simple au double entre arrondissements" alors qu' "à l'époque", cela se faisait "sans volonté de distinction par les revenus, c'était justement tout l'intérêt de ce dispositif pour développer leur autonomie."
Autre critique : la liste des documents justifiant des dispositions sociales n'est pas fournie avec le projet de délibération, "et cela laisse la place ouverte à certaines interprétations (...) il manque les documents justifiant d'une situation particulière". David Hervé-Boutin pense notamment aux cas de jeunes désargentés qu'il faut aider alors que leurs parents sont, au contraire, argentés : pour lui "les jeunes du 6e arrondissement vont être pénalisés par ce dispositif". Il demande à ses collègues de s'abstenir sur l'avis consultatif qui leur est demandé.

Le voeu déposé se rappporte au projet de délibération. Il est débattu en même temps que le projet de délibération, comme au conseil de Paris, et non pas à la fin du conseil d'arrondissement. David-Hervé Boutin lit : "ce dispositif se détourne des objectifs de 2003" et demande que "la Ville de Paris s'investisse vraiment avec une somme beaucoup plus importante (...) au moyen d'une communication adaptée (...) que la mise en oeuvre se fasse sans justificatifs particuliers et que l'objectif premier soit l'autonomie des jeunes (...) de 16 à 25 ans pour éviter l'assistanat (...) avec une mise en oeuvre simplifié du dispositif (...) qui soit assorti d'une évaluation réelle et systématique."

Romain Levy demande la parole et un débat s'installe entre les deux plus jeunes élus du 6e arrondissement : "c'est tellement caricatural s'écrit-il, en 2009, 17 jeunes ont obtenu des chèques vacances, en 2010, 10 jeunes (...) comment vous êtes-vous pris pour démobiliser les jeunes (...) les crédits ne sont pas utilisés dans le 6e (...) comment avez-vous fait pour faire chuter le nombre ?" Il rappelle le passage du voeu déposé indiquant que le dispositif est "décentralisé" : "vous recevez les jeunes, vous les auditionnez et vous attribuez !"
© yanlev - Fotolia.com

Sans expliquer le pourquoi de la diminution du nombre de jeunes demandeurs de chèques vacances, David-Hervé Boutin poursuit : "donnez-nous les moyens (...) il y aura moins de chéquiers dans le 6e (...) cela va contre l'intérêt des jeunes du 6e et on le regrette." Passer de 150 euros à 100 euros n'est pas souhaitable non plus pour le maire du 6e arrondissement pour lequel "un sou est un sou."

Pour Romain Levy, "les jeunes du 6e veulent avoir plus d'argent, donc grâce à ce dispositif, ils pourront avoir 100 ou 200 euros".

La majorité UMP ne conteste pas que "les jeunes n'utilisent pas la totalité des chèques". Avec l'abstention des élus de la majorité d'arrondissement, le conseil d'arrondissement émet un avis favorable au projet de délibération de la Mairie de Paris grâce aux 3 votes 'pour' de l'opposition. Pour le voeu présenté par David-Hervé Boutin, la majorité d'arrondissement émet un avis favorable ; l'opposition vote 'contre'.

En revanche, aucune information ne filtre sur le jury Paris Jeunes Vacances du 6e arrondissement : quand se réunit-il, est-ce que des sessions supplémentaires peuvent-être organisées, ...
Qu'en penserait Socrate ? "Rien n'est trop difficile pour la jeunesse !" a-t-il également dit. Si les chèques vacances ont du mal à venir aux jeunes du 6e arrondissement, que les jeunes du 6e aillent vers les chèques vacances !
Conseil du 6e arrondissement le 29 novembre 2011 - Photo : VD.

Au conseil du 5e arrondissement le 1er décembre 2011, l'avis consultatif est favorable à l'unanimité : le projet de délibération de la Mairie de Paris visant à autoriser le Maire de Paris à poursuivre la mise en œuvre du dispositif Paris Jeunes Vacances est adopté.
Dans le 7e arrondissement, la mairie d'arrondissement relaye le dispositif auprès des jeunes de ses quartiers. Le jury se réunit 3 fois par an et, "au besoin, d'autres séances peuvent être organisées". Elle rappelle aux jeunes que "pour que votre demande puisse être examinée dans les meilleures conditions, il est essentiel que vous preniez contact avec l'une des structures relais au moins deux mois avant la date de votre départ en vacances."

Paris Jeunes Vacances 2010 Dossier individuel de candidature (c) Mairie de Paris.pdf  (447.32 Ko)


Pour en savoir plus sur le dispositif Paris Jeunes Vacances : 5 structures relais dans le 6e arrondissement de Paris
- Foyer Comité Parisien de l'Association Catholique Internationale des Services de Jeunesse Féminine, 63 rue Monsieur le Prince, tél 01 44 32 12 90
- Foyer l'Oasis, 91 rue de Sèvres, tél 01 53 63 11 20
- Club de Prévention de l'Association Nationale d'Entraide dite Féminine, 4 rue Saint Sulpice, tél 01 43 54 58 69
- Centre d'animation Saint Michel, 9 place Saint Michel, tél 01 43 54 16 58
- Jeunesse Sportive et Culturelle PITRAY OLLIER, 66 rue d'Assas, tél 01 42 22 33 38.


Article du 20 novembre 2009 : Pierre, au secours des préjugés sur le 6e.


Journaliste tahitienne. Formations universitaires modestes, en droit, en sciences sociales… En savoir plus sur cet auteur
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