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Nucléaire : comment la France et la Polynésie française vont-ils se réconcilier ?

Les conséquences des essais nucléaires en Polynésie française.


     

Comment la métropole pourra-t-elle renouer avec les populations aux 4,8 millions de km² de zone économique exclusive si tout ce qui se dit à la table ronde sur les conséquences des essais nucléaires en Polynésie française reste secret ?


4 Juillet 2021 - 12:00

Certes, le président de la République Emmanuel Macron s’est rendu en personne, à la fin de la première journée de la table ronde, pour prendre dans ses bras le président de la Polynésie française Edouard Fritch, et réciproquement, dans une séquence très « sitcom ».

Certes, Edouard Fritch a annoncé une grande conférence de presse à son retour à Papeete avec tous les membres de la délégation Reko Tika envoyés à la table ronde.

Si les parties ont parlé de nécessaires « dialogue » et « vérités », en vérité, peu de « vérités » ont été révélées alors que la presse ne pouvait assister à la table ronde tenue à huis-clos.

Ce vendredi 2 juillet 2021 en fin de journée, il n’y a eu aucun texte, aucune signature de document, aucun parapheur, aucun stylo. Il n’y a eu aucun suspens lors de la conférence de presse de clôture de la table ronde sur les conséquences des essais nucléaires en Polynésie française : le gouvernement français et la collectivité d’outre-mer ont fait bande à part, chacun organisant sa propre conférence de presse. 

Une « vérité » a eu le mérite d’être claire : relancé sur la question de la Caisse de Prévoyance Sociale de la Polynésie française (CPS), Olivier Véran, Ministre des Solidarités et de la Santé, a déclaré que la Caisse de Prévoyance Sociale a des problèmes de gestion dont l’Etat n’est pas responsable.

L’exécutif national semble vouloir tirer profit de sa position défensive et l’exécutif de la collectivité d'outre-mer vouloir capitaliser sur la situation incommode de l’exécutif central – ou de ce qu'il prétend être la gêne du gouvernement central. « Tout sera annoncé officiellement lors de la venue d’Emmanuel Macron en Polynésie française à la fin du mois de juillet » a déclaré un expert à Mā'ohi Tribune.

Un autre expert souligne également qu’il ne comprend pas que les populations critiquent continuellement la France alors que « tous les cancers ne sont pas dûs aux essais nucléaires (…) c’est statistiquement faux ». L’une des participantes à la table ronde ne dit pas autrement les choses : pour Patricia Grand, présidente de la Ligue contre le cancer en Polynésie française et participant à la table ronde, « il faut bien avoir en tête que certains cancers ne sont pas dus aux essais nucléaires »
 
Geneviève Darrieussecq, Ministre déléguée auprès de la ministre des Armées, chargée de la Mémoire et des Anciens combattants, et Sébastien Lecornu, Ministre des Outre-mer, ne veulent pas entendre parler de « pardon ». Dans la bouche d'un autre expert, cela donne ça : « La France ne s’excusera pas du développement économique que la Polynésie française a connu grâce aux essais nucléaires (...) c’est comme ça ».
 
« Le développement économique… soi-disant » déclarait Michel Arakino l'avant-veille la table ronde. « Aujourd’hui notre pays est dans le mur économiquement parlant parce qu’on n’a pas su se développer (…) le développement endogène n’a pas été pris en compte… réellement ». « Malgré qu’on a mis de l’argent, ça n’a pas fonctionné » expliquait-il : « aujourd’hui ce qu’il faut faire, c’est penser d’abord humain ». L’Etat doit faire tout son possible pour « accompagner » le développement économique, ajoutait-il (cf. vidéo).
 
La proposition de loi déposée par le député de la Polynésie française Moetai Brotherson, sur la prise en charge et la réparation des conséquences des essais nucléaires français, n’a pas non plus séduit les parlementaires français le 17 juin 2021 en commission. Parmi eux, le président de son groupe parlementaire, la Gauche Démocrate et Républicaine : André Chassaigne n’a pas hésité à dire que « les arguments de Moetai sont des artifices qui prétendent à d’autres objectifs ». L’élu communiste a également affirmé n'avoir « pas été convaincu par certains propos. Il y a des considérations géopolitiques qui dérangent ».
 
Pour l’historien Jean-Marc Regnault, auteur du livre « Le nucléaire en Océanie » sur les essais nucléaires américains, britanniques et français dans le Pacifique sorti le 2 juillet 2021 aux éditions Api Tahiti, l’Etat devra faire des concessions par « intérêt stratégique », motivé par la « géopolitique de l’indo-pacifique ».

Quoiqu'il en soit, le manque de respect franco-tahitien réciproque, qui ne passe pas inaperçu des deux côtés de la planète, ne semble pas être la bonne méthode. On peut se demander jusqu’où iront les Français et les Polynésiens de Polynésie française et à quelle fin. Quel est l’impact et les retombées que la Polynésie française essaie d’obtenir ?

​Parallèlement à la table ronde les 1er et 2 juillet 2021, dans une annexe de l'Hôtel de Matignon dans le 7e arrondissement de Paris, sur tout ce qui s'est passé depuis l’installation du Centre d’Expérimentation du Pacifique jusqu’à son démantèlement, des habitants de tous bords de la Polynésie française critiquent la France à propos de ses « mensonges », affirmant que la population souffre de cette situation ; sa santé non seulement physique mais aussi mentale serait en danger. Avec la table ronde à Paris, la contre table ronde à Tahiti et sur les réseaux sociaux, la manifestation populaire du 2 juillet 2021, et aussi avec d'un côté les protestants, et de l'autre côté les catholiques, sans oublier les manifestations politiques à venir : est-ce le début de la fin ?
 
Les conséquences des essais nucléaires en Polynésie française © VD / MT
Les conséquences des essais nucléaires en Polynésie française © VD / MT






Vaea Devatine
Formations universitaires modestes, en droit, en sciences sociales appliquées, en langues et... En savoir plus sur cet auteur



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