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Chroniques

La Révolution s’emballe - Partie 2

Les Révolutionnaires s'entre-tuent ; la chute des Girondins s'engage.


Les Révolutionnaires se dévorent les uns les autres. Une pétition circule dans Paris. Elle attaque le Ministre girondin Jean-Marie Roland et une partie des membres de la Convention.


11 Avril 2013 - 09:58
     

Le 10 avril 1793, nouveaux débats houleux. Le montagnard Georges Danton prend la défense des pétitionnaires au motif que dans une République, les élus doivent savoir endurer la calomnie.

Le girondin Pétion et la pétition

Le girondin Pétion (1), qui a occupé le premier la présidence de cette Assemblée, propose une motion d’ordre pour prendre la parole au début de la séance :
"Depuis longtemps l’orage grossit et gronde sur nos têtes ; il est temps de la conjurer. Quelques redoutables que soient nos ennemis extérieurs, les ennemis intérieurs le sont davantage. Il est temps de leur arracher le masque d’une fausse popularité : il est évident que chaque jour la Convention nationale est outragée. Voici un projet d’adresse rédigé dans une section de Paris, (celle de la Halle-aux-blés (2) ) qui le fait circuler en ce moment dans les autres sections".

Pétion lit ensuite la pétition.
"(…) Toutes les sections de Paris et la plupart des départements vous demandent depuis longtemps une loi contre les accapareurs et les marchands d’argent : vingt fois vous avez promis de satisfaire à des réclamations aussi justes, et cependant le mal augmente chaque jour, et vous le voyez tranquillement. Y a-t-il donc parmi vous des hommes intéressés à favoriser le monopole ? (…) Est- ce dons à une majorité corrompue qui doit prononcer sur le sort de la République ? (…) Nous sommes dans la Convention nationale, dans cette Convention nommée par le peuple, et nous y voyons ses plus grands ennemis. Ils ont l’audace d’y siéger (…)".

La section parisienne - Invectivations

En conclusion, la pétition réclame que le Ministre Roland soit décrété d’accusation, que les députés coupables soient décrétés d’accusation et que ceux qui n’ont pas eu le courage de défendre la République soient destitués et remplacés par leurs suppléants.

La section parisienne conclut en ces termes son adresse :
"Montagne de la Convention, c’est à vous que nous vous adressons : sauvez la République, ou, si vous ne vous sentez pas assez forts pour le faire, osez nous le dire avec franchise, nous nous chargerons de la sauver. La crise que nous éprouvons doit être la dernière : il faut que la France soit anéantie, ou que la République triomphe".

Des applaudissements s’élèvent dans l’extrême gauche et se mêlent aux acclamations des tribunes. Pétion, Danton, Birotteau et d’autres sont réunis autour de la tribune et s’invectivent :
- Danton : "Vous êtes des scélérats".
- Birotteau : "Ce sera ton dernier crime ? Je mourrai républicain et tu mourras tyran".

Le girondin Pétion se défend - Marat est dans toutes les têtes

Le calme revenu, Pétion poursuit :
"Quoi citoyens, l’avez-vous bien entendu ? Ils vous disent qu’il représentent la France entière ; ils vous disent qu’il y a ici des conspirateurs, des monopoleurs ; ils vous disent que la majorité de la Convention est corrompue. Avons-nous été envoyés ici pour être abreuvés d’outrages ? Ne serions-nous pas coupables si nous ne sévissions pas contre des scélérats ? Contre des hommes qui ont l’audace de s’adresser après ces paroles à une minorité, de lui demander si elle peut sauver la Patrie, et de dire ensuite 'Nous nous chargeons, nous, de la sauver'. (…) Et comment la sauveront-ils la Patrie ? Est-ce par des brigandages ? Par des assassinats ? Eh bien citoyens, voilà comment on égare le peuple, et comme on le fait égorger. (…) Ne cherche-t-on pas sans cesse à diviser la Convention en deux partis, le parti patriote et le parti qui n’est pas patriote ? Ne cherche-t-on pas à diviser la Nation ?"

Pétion s’en prend ensuite à Marat (3) mais sans le nommer :
"Vous avez en votre sein un homme qui vous a prêché le despotisme sous toutes les formes, qui vous a demandé des têtes, qui a conseillé le pillage ; eh bien, il siège parmi vous ; il obtient la parole plus souvent qu’un homme connu par sa probité et par ses mœurs. (…) Je demande que le président et les secrétaires de la section soient à la barre. Si ce sont eux qui ont signé le projet d’adresse, je ne doute pas que la Convention ne les envoie au tribunal révolutionnaire".

On applaudit.

La réplique de Danton

Danton réplique : "(…) Tous les jours, il arrive des pétitions plus exagérées ; mais il faut les juger par le fond. (…) Lorsqu’un peuple brise la monarchie pour arriver à la République, il dépasse son but par la force de projection qu’il s’est donnée. (…) La calomnie, dans un état vraiment libre, n’est rien pour un homme qui a la conscience intime de son devoir".

Robespierre succède à plusieurs orateurs pour un long discours où il accuse les Girondins des maux de la République dans un discours préparé à l’avance qu’il diffuse aussi par imprimés dans son bulletin "lettres à mes commettants".

A suivre sur Paris Tribune, le discours du 10 avril 1793 de Robespierre...


(1) Jérôme Petion de Villeneuve : Président de la Convention du 20 septembre 1792 au 04 octobre 1792. Il a été le premier à occuper ce poste. Il est girondin et est élu de l’Eure-et-Loir Ancien président de l’assemblée législative du 4 au 20 décembre 1790.
(2) Le territoire de cette section est à proximité des Halles et de l’actuelle Bourse du commerce et s’étend en direction du Palais Royal dans le Ier arrondissement de Paris.
(3) Jean-Paul Marat est député de Paris, montagnard, créateur du journal "l’Ami du Peuple", hanté par l’idée d’exécution des traîtres.
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De gauche à droite : Robespierre, avec son chien danois Brount qu'il avait ramené de son voyage en Artois en 1791, Danton, et Marat : une peinture d'Alfred Loudet (1882) - Photo : David Monniaux sous licence Creative Commons
De gauche à droite : Robespierre, avec son chien danois Brount qu'il avait ramené de son voyage en Artois en 1791, Danton, et Marat : une peinture d'Alfred Loudet (1882) - Photo : David Monniaux sous licence Creative Commons

Bibliographie :
- Débats de la Convention Nationale ou analyse complète des séances - Tome III Paris - A Bossange et Baudouin Frères - 1828.
- Site : http://www.assemblee-nationale.fr



Articles :
- 10 avril 2013 : La Révolution s’emballe il y a 220 ans.
- La Révolution s’emballe il y a 220 ans - Partie 2.
- La Révolution s’emballe il y a 220 ans - Partie 3.
- La Révolution s’emballe il y a 220 ans - Partie 4.
- La Révolution s’emballe il y a 220 ans - Partie 5.
- La Révolution s’emballe il y a 220 ans - Partie 6.
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- La Révolution s’emballe il y a 220 ans - Partie 8.
- La Révolution s’emballe il y a 220 ans - Partie 9.

- 7 novembre 2012 : Le procès de Louis XVI sur Paris Tribune.
- 3 décembre 2012 : Le Procès du Roi, il y a 220 ans.
- 8 décembre 2012 : Louis XVI peu avant le début de son procès.
- 10 décembre 2012 : Rapport Lindet : historique de la conduite du Roi Louis XVI avant son procès.
- 11 décembre 2012 : "Louis, le peuple français vous accuse".
- 21 janvier 2013 : Fin tragique de Louis XVI.

- Partie 1 : La Terreur sous la Révolution aurait-elle pu être évitée il y a 220 ans ?
- Partie 2 : La Terreur sous la Révolution aurait-elle pu être évitée il y a 220 ans ?
- Partie 3 : La Terreur sous la Révolution aurait-elle pu être évitée il y a 220 ans ?
- Partie 4 : La Terreur sous la Révolution aurait-elle pu être évitée il y a 220 ans ?
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- Partie 7 : La Terreur sous la Révolution aurait-elle pu être évitée il y a 220 ans ?
- Partie 8 : La Terreur sous la Révolution aurait-elle pu être évitée il y a 220 ans ?
- Partie 9 - dernière partie : La Terreur sous la Révolution aurait-elle pu être évitée il y a 220 ans ?

- 24 septembre 2012 : « La République est une et indivisible » depuis 220 ans
- 22 septembre 2012 : 220e anniversaire de la naissance de la République.
- 10 août 2012 : 220e anniversaire de la chute de la Monarchie.

- 5 octobre 2011 : Qui convoite la place au métro Convention ?
- 22 juin 2011 : Le Maire de Paris ne connaît pas la rue Thiers.
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Journaliste, coordinateur des articles sur l'histoire, culture et politique, ventes aux enchères. En savoir plus sur cet auteur




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