La Terreur sous la Révolution aurait-elle pu être évitée ? (Partie 4)

Paris Tribune vous livre en plusieurs articles des débats d’une haute qualité où l’Histoire a hésité sur le cours à venir de la Révolution.


Des Montagnards, députés de Paris, accusés de vouloir instaurer la dictature.


27 Septembre 2012 - 06:00
     

Les révolutionnaires sont divisés sur les objectifs et rivaux sur la conquête du pouvoir.
Le 25 Septembre 1792, Robespierre et Marat sont dénoncés à la Convention.

4e partie

Les députés de la Convention siègent le 25 septembre 1792 dans une ambiance surchauffée.

Les débats ne suivent plus l’ordre du jour. Le marseillais Charles Barbaroux, député girondin des Bouches du Rhône, a dénoncé nommément Robespierre.

Ce dernier est monté à la tribune pour répondre. Mais, Barbaroux reprend la charge. Il se présente pour signer sa dénonciation et s’exprime à nouveau. Et c’est maintenant le comportement des émissaires de Paris envoyés en province qui est décrit pour preuve de la mise en place d’une dictature.

La Convention gronde. Robespierre veut-il être dictateur ?

La province n’entend pas se soumettre à un homme ou à un triumvirat ou à la commune de Paris.

Les montagnards Marat et Panis, deux autres députés de Paris, sont maintenant désignés pour leur attitude. Et, Cambon s’élève contre l’audace de la commune de Paris de s’en prendre à des représentants du peuple, malgré l’inviolabilité que leur confère leur mandat, et de s’emparer des caisses publiques.

Voici la suite des débats :

(Barbaroux de Marseille se présente pour signer la dénonciation qui a été faite) (1)

Barbaroux : "Nous étions à Paris. Vous savez quelle conspiration patriotique a été tramée pour renverser le trône de Louis XVI le tyran. Les Marseillais ayant fait cette révolution, il n’était pas étonnant qu’ils fussent recherchés par les différents partis qui malheureusement divisaient alors Paris. On nous fit venir chez Robespierre. Là, on nous dit qu’il fallait se rallier aux citoyens qui avaient acquis de la popularité. Le citoyen Panis nous désigna nominativement Robespierre comme l’homme vertueux qui devait être dictateur de la France ; mais nous lui répondîmes que les Marseillais ne baisseraient jamais le front ni devant un roi, ni devant un dictateur..."

(On applaudit)

"Voilà ce que je signerai, et ce que je défie Robespierre de démentir. On vous dit, citoyens, que le projet de dictature n’existe pas. Il n’existe pas ! Et je vois dans Paris une commune désorganisatrice qui envoie des commissaires dans toutes les parties de la République pour commander aux autres communes, qui délivre des mandats d’arrêt contre des députés du corps législatif, et contre un ministre, homme public, qui appartient, non pas à la Ville de Paris, mais à la République entière..."

(On applaudit)

"Le projet de dictature n’existe pas ! Et cette même commune de Paris écrit à toutes les communes de la république de se coaliser avec elle, d’approuver tout ce qu’elle a fait, de reconnaître en elle la réunion des pouvoirs. On ne veut pas la dictature ; pourquoi donc s’opposer à ce que la Convention décrète que des citoyens de tous les départements se réuniront pour sa sûreté et pour celle de Paris ? ...

Citoyens, ces oppositions seront vaines ; les patriotes vous feront un rempart de leur corps. Huit cents Marseillais sont en marche pour venir concourir à la défense de cette ville et à la vôtre.

Marseille, qui constamment a prévenu les meilleurs décrets de l’Assemblée nationale ; Marseille, qui depuis quatre mois a aboli chez elle la royauté, a donné encore la première l’exemple de cette mesure.

Elle a choisi ces huit cents hommes parmi les citoyens les plus patriotes et les plus indépendants de tout besoin. Leurs pères leur ont donné à chacun deux pistolets, un sabre, un fusil et un assignat de 500 livres. Ils sont accompagnés par 200 hommes de cavalerie, armés et équipés à leurs frais. Ils vont arriver : et les Parisiens, n’en doutons pas, les recevront avec fraternité, malgré les arguments par lesquels on cherche à leur prouver que ce renfort de patriotes est inutile: car ces arguments sont absolument les mêmes que ceux que débitaient l’ancien état-major de la garde nationale de Paris, lorsqu’il voulait empêcher, il y a quatre mois, la formation du camp de 20.000 hommes..."


(On applaudit)

"Hâtez-vous donc de rendre ce décret, et de consacrer par là le principe que la Convention n’appartient pas seulement à Paris, mais à la France entière. Pour nous, députés du département des Bouches-du-Rhône, nous voterons pour ce décret, qui ne peut déplaire à la ville de Paris, puisqu’il assure sa défense. Nos commettants nous ont chargé de combattre les intrigants et les dictateurs, de quelque côté qu’ils se trouvent.

Voyez avec quelle rage les uns et les autres distillent la calomnie ; ils vous accusent déjà d’avoir déclaré la guerre. La guerre, citoyens... Elle a été entreprise pour la cause la plus juste, pour celle de la liberté; elle a tué Louis XVI... Il faut donc la continuer avec courage. Jugez ensuite le ci-devant roi. Puisque vous réunissez tous les pouvoirs, il vous appartient d’exercer, dans cette circonstance, le pouvoir judiciaire. Entourez-vous des Parisiens et des citoyens libre des départements qui veulent combattre sous vos yeux l’ennemi commun.

Rappelez la municipalité de Paris à ses fonctions administratives. N’abandonnez pas cette ville qui a tant servi la liberté, dussions-nous être bloqués par l’ennemi ; mais décrétez que nos suppléants se réuniront dans une ville désignée, si nous devons mourir ici..."


(Applaudissements unanimes et réitérés)

"Prescrivons le gouvernement fédératif, pour n’avoir qu’une république unique... Quant à l’accusation que j’ai faite en commençant, je déclare que j’aimais Robespierre, que je l’estimais ; qu’il reconnaisse sa faute, et je renonce à poursuivre mon accusation ; mais qu’il ne parle pas de calomnie. S’il a servi la liberté par ses écrits, nous l’avons défendue de nos personnes. Citoyens, quand le moment du péril sera venu, alors vous nous jugerez ; alors nous verrons si les faiseurs de placards sauront mourir avec nous".

(Les applaudissements recommencent avec plus de force)
(On demande de toutes parts l’impression de ce discours)

Tallien : "Vous ne voulez pas sans doute imprimez une calomnie : or, il y a dans ce discours un fait inexact..."

(On murmure)

"Il y est dit que la municipalité de Paris a invité les autres communes a se fédérer à elle..."

(Plusieurs voix : Oui, oui.
D’autres : Elle répondra)


"Je soutiens que jamais il n’est émané de cette commune aucun acte public de cette nature..." (2)

(Les murmures continuent, et couvrent la voix de l’opinant)

Boileau : "J’atteste qu’ayant été député par l’assemblée électorale séante à Auxerre, au-devant des commissaires du pouvoir exécutif, ceux-ci me dirent que la commune de Paris s’était emparée de tous les pouvoirs, qu’il n’y avait plus de confiance a mettre dans les administrateurs, ni les généraux ; que la commune de Paris avait décidé de ne plus rien laisser faire au pouvoir exécutif qu’en surveillant ses opérations, qu’elle nous invitait à se réunir à elle, et à approuver les mesures qu’elle prendrait pour le salut public. En un mot, ces commissaires se disaient envoyés plus particulièrement par la commune de Paris que par le pouvoir exécutif". (3)

Cambon : "Comme ayant assisté à la session de l’Assemblée nationale législative, je dois ici appuyer une dénonciation qui lui a été faite, et sur laquelle sa prompte séparation l’a empêchée de prononcer. L’on me démentira peut-être ; mais je n’en dois pas moins déclarer les faits qui sont à ma connaissance. J’ai vu afficher dans Paris des imprimés où l’on disait qu’il n’y avait pas d’autre moyen de salut public que le triumvirat ; et ces écrits sont signés par Marat. J’ai vu dans des jours de deuils des dénonciations faites contre des membres du corps législatif, qui ont été forcés de demander leur démission, ici, à cette tribune, pour des missions qui leur avaient été confiées par l’Assemblée nationale.

J’ai vu des municipaux persécuter les représentants du peuple dont la nation avait prononcé l’inviolabilité ; je les ai vus fouiller les papiers dans les dépôts, s’immiscer dans la comptabilité des caisses publiques et y mettre les scellés. Et quel autre exemple de dictature aurait-on pu donner ?

N’est-ce pas vouloir dire : la commune de Paris fait la nation entière ? Comment, en effet, lorsqu’il existe une Assemblée nationale, a-t-on l’audace de s’emparer des caisses publiques ? J’ai vu ces mêmes hommes s’obstiner dans leur refus d’obéir à la loi ; car il en existe une qui porte que la commune de Paris sera renouvelée, et elle ne l’est pas encore. Les lois ne sont-elles donc pas obligatoires pour cette commune comme pour toutes les communes de la République ?

J’ai vu cette même commune aller dans tous les édifices nationaux, s’emparer de tous les effets les plus précieux, sans même dresser aucun procès-verbal de ces enlèvements ; et lorsqu’un décret a ordonné que ces effets seraient apportés à la trésorerie nationale, j’ai vu encore ce décret rester sans exécution.

Voilà des faits. Répondez, vous qui niez le projet d’établir à Paris une autorité dictatoriale
.

Oui, on veut nous donner le régime municipe de Rome, nous asservir à la volonté de quelques intrigants. Doit-on s’étonner si des âmes fortes, prêtes à tout sacrifier pour le salut de la liberté, se précautionnent contre ce nouveau genre d’opposition ? Je le dis : les pays méridionaux veulent l’unité républicaine..."

(Une impulsion spontanée fait lever l’Assemblée tout entière : "Nous la voulons tous")

"Ils en donnent un exemple remarquable. Non seulement ils ont envoyé des représentants à la Convention, mais ils vous envoient des défenseurs chargés de combattre pour la liberté partout où elle sera attaquée. Mais, animés d’un patriotisme aussi chaud que le climat qu’ils habitent, ils veulent la liberté tout entière, et ils combattront tous les individus qui ne parleront sans cesse que d’eux, sous le prétexte de combattre le gouvernement fédératif ; ils ne veulent point unité de personnes, mais unité dans le corps représentatif..."

(On applaudit)

"Ils ont fait la terrible expérience de ce que c’est que de se soumettre, soit par l’opinion, soit autrement, à un seul individu ; et si l’on veut prouver non par des phrases mais par des faits, qu’on ne veut pas la dictature, qu’on exécute les lois". (4)

(Il s’élève de nombreux applaudissements).

Un membre : "C’est dans le département du Nord que ces mêmes émissaires de la commune de Paris ont osé tenir les discours les plus incendiaires, et j’atteste qu’ils ont cherché à y fomenter la rébellion ; ils ont voulu dicter des lois à toute la république, et ils osent nier que le projet de dictature existe !

Ils ont dit à la Société Populaire de Douai : 'Dressez des échafauds, que les remparts soient hérissés de potences ; que quiconque ne sera pas de notre avis y soit immolé à l’instant. La commune de Paris, ont-ils ajouté, s’est emparée de tous les pouvoirs ; approuvez toutes les mesures qu’elle prendra, et elle sauvera l’empire'.

Ils seraient parvenus peut-être à égarer une partie du peuple, mais le citoyen Rançon, accusateur public, prit la parole et les menaça de toute la rigueur des lois. Ils furent obligés de se retirer. Voilà comment, dans une ville majeure, ces députés, vils intrigants, voulaient, au lieu de la liberté, ne propager que l’anarchie et le désordre".

Un membre : "Pendant que l’Assemblée électorale de Seine-et-Marne était formée à Meaux, deux députés de la municipalité de Paris vinrent décorés de leur écharpe ; ils nous annoncèrent qu’il n’y avait plus de lois, que nous étions maîtres de faire ce que nous voudrions, que nous étions souverains.

Ils ont électrisé notre assemblée ; ils nous ont conduits d’inconséquence en inconséquence ; ils ont voulu proscrire l’habit national ; ils se sont emparés d’une collecte que nous avions faite ; ils ont ensuite péroré le peuple ; et le soir même quatorze tête sont tombées. Ces municipes, prétendus amis de la liberté, ne sont donc que des incendiaires, des voleurs et des assassins".

A suivre sur Paris Tribune...


(1) Charles, Henri, Marie Barbaroux est député des Bouches du Rhône, girondin.
(2) Jean, Lambert Tallien est député de Seine et Oise, montagnard.
(3) Jacques Boileau ou Boilleau d’Asson est député de l’Yonne, girondin
(4) Joseph, Pierre Cambon est député de l’Hérault. Il s’oppose à Robespierre à plusieurs reprises ainsi qu’à l’institution d’un tribunal révolutionnaire. Dernier Président de l’Assemblée législative, du 16 au 20 septembre 1792, il présidera aussi la Convention. Il est à l’origine de la création du grand-livre sur la dette publique.


Sources

"Journal officiel de la Convention Nationale - La Convention Nationale (1792-1793), Procès-verbaux officiels des séances depuis le 21 septembre 1792, Constitution de la grande assemblée révolutionnaire, jusqu'au 21 janvier 1793, exécution du roi Louis XVI, seule édition authentique et inaltérée contenant les portraits des principaux conventionnels et des autres personnages connus de cette sublime époque", auteur non mentionné, Librairie B. Simon & Cie, Paris, sans date, pages 24 à 37.

http://miroir.mrugala.net/Arisitum/textes/revol/rob1.html

http://www.royet.org/nea1789-1794/archives/journal_debats/an/1792/convention_1792_09_25.html

http://jpmarat.de/francais/bougeart/index2.html Marat L'Ami du Peuple par Alfred Bougeart

Léon Thiessé - Les Débats de la Convention, Paris, 1828, - 5 vol.

Assemblée Nationale - http://www.assemblee-nationale.fr/

Dictionnaire des parlementaires français de 1789 à 1889 (A.Robert et G.Cougny)

Histoire politique et constitutionnelle de la France Charles Zorgbibe- Editions Ellipses - Juillet 2002.



Articles :
- 10 avril 2013 : La Révolution s’emballe il y a 220 ans.

- 7 novembre 2012 : Le procès de Louis XVI sur Paris Tribune.
- 3 décembre 2012 : Le Procès du Roi, il y a 220 ans.
- 8 décembre 2012 : Louis XVI peu avant le début de son procès.
- 10 décembre 2012 : Rapport Lindet : historique de la conduite du Roi Louis XVI avant son procès.

- Partie 1 : La Terreur sous la Révolution aurait-elle pu être évitée il y a 220 ans ?
- Partie 2 : La Terreur sous la Révolution aurait-elle pu être évitée il y a 220 ans ?
- Partie 3 : La Terreur sous la Révolution aurait-elle pu être évitée il y a 220 ans ?
- Partie 4 : La Terreur sous la Révolution aurait-elle pu être évitée il y a 220 ans ?
- Partie 5 : La Terreur sous la Révolution aurait-elle pu être évitée il y a 220 ans ?
- Partie 6 : La Terreur sous la Révolution aurait-elle pu être évitée il y a 220 ans ?
- Partie 7 : La Terreur sous la Révolution aurait-elle pu être évitée il y a 220 ans ?
- Partie 8 : La Terreur sous la Révolution aurait-elle pu être évitée il y a 220 ans ?
- Partie 9 - dernière partie : La Terreur sous la Révolution aurait-elle pu être évitée il y a 220 ans ?

- 24 septembre 2012 : « La République est une et indivisible » depuis 220 ans
- 22 septembre 2012 : 220e anniversaire de la naissance de la République.
- 10 août 2012 : 220e anniversaire de la chute de la Monarchie.

- 5 octobre 2011 : Qui convoite la place au métro Convention ?
- 22 juin 2011 : Le Maire de Paris ne connaît pas la rue Thiers.
- 11 juin 2011 : Une guillotine à l’Hôtel Drouot.




Journaliste, coordinateur des articles sur l'histoire, culture et politique, ventes aux enchères. En savoir plus sur cet auteur

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