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La Terreur sous la Révolution aurait-elle pu être évitée ? (Partie 5)

Paris Tribune vous livre en plusieurs articles des débats d’une haute qualité où l’Histoire a hésité sur le cours à venir de la Révolution.


Des Montagnards, députés de Paris, sont accusés de vouloir instaurer la dictature. Le 25 Septembre 1792, Robespierre et Marat sont dénoncés à la Convention.


1 Octobre 2012 - 06:00
     

Rappel de la partie 4 : Le marseillais Charles Barbaroux, député girondin des Bouches du Rhône, a dénoncé nommément Robespierre.
Le comportement des émissaires de Paris envoyés en province est décrit pour preuve de la mise en place d’une dictature. La province n’entend pas se soumettre à un homme ou à un triumvirat ou à la commune de Paris.

5e partie

Le 25 septembre 1792 l’affrontement est vif entre les girondins et les montagnards. Depuis les évènements du 10 août, la chute de monarchie, la naissance de la commune insurrectionnelle de Paris, la fin de l’Assemblée législative et plus encore depuis les massacres qui se sont déroulés du 2 au 6 septembre 1792, la Révolution française s’est radicalisée.

Les girondins qui étaient les révolutionnaires les plus fervents sous l’assemblée législative sont des modérés dans la composition de la Convention nationale. Certes, les girondins dominent le début de la Convention qui siège à partir du 20 septembre, mais ils pressentent qu’une tragédie se met en place. Ils perçoivent que les députés de la Révolution peuvent aussi être éliminés par la fureur révolutionnaire des montagnards. Ils sont inquiets de la fièvre et de la soif de sang qui a gagné une partie du peuple de Paris.

Des élus de l’Assemblée législative sont en danger. Il ne s’agit pas seulement de menaces. Adrien Duport, ancien Président de l’Assemblée constituante, Président du tribunal criminel (1), a été arrêté en Seine et Marne, soupçonné de compromission avec Louis XVI. Plusieurs élus de la commune de Paris ont signé une circulaire en date du 3 septembre 1792, qui est compréhensive à l’égard des massacres terrifiants de prisonniers jugés ou en instance de jugement (2).

Aucune prison parisienne n’a échappé à l’intrusion des "justiciers". Le gouvernement issu de la nuit du 10 août, dont le ministre de la Justice Georges Danton, a laissé faire.

En revanche, pour diverses raisons où son intérêt personnel n’est pas absent, Danton sauve Duport dont la vie était en jeu s’il avait été transféré à Paris comme certains montagnards de la commune l’exigeaient. Le girondin Brissot (3) élu à la Convention a été lui aussi menacé et il siège ce 25 septembre 1792. Les girondins veulent la Révolution mais pas la dictature ni la terreur.

Quant à Etienne Panis (4) le montagnard qui monte à la tribune à l’instant, il est député de Paris et siège également dans les instances de la commune. Il est l’un des signataires de la circulaire du 3 septembre 1792. La charge du girondin Barbaroux (5) et les déclarations du conventionnel de Seine et Marne dénonçant le comportement d’envoyés de Paris dans son département, "(…) Ces municipes, prétendus amis de la liberté, ne sont donc que des incendiaires, des voleurs et des assassins" (6) l’incite à présenter sa défense.

Voici la suite des débats :

Panis : "Je ne monte à la tribune que pour répondre à l’inculpation du citoyen Barbaroux. Je ne l’ai vu que deux fois, et j’atteste que ni l’une ni l’autre, je ne lui ai parlé de dictature. Je me rappelle qu’ayant besoin de lui pour engager les Marseillais à venir à la section des Cordeliers, mesure que j’avais jugée, ainsi que beaucoup de bons citoyens très importante, je m’adressai à Barbaroux pour effectuer cette translation.

J’étais membre du corps municipal, et je me trouvais à la mairie avec Sergent et plusieurs bons citoyens qui jouissaient de la confiance des patriotes. Les citoyens venaient à chaque instant nous rendre compte de leurs craintes sur le château des Tuileries. Ils nous annonçaient que le projet était formé pour égorger tous les patriotes dans la nuit du 9 au 10. Ils nous en donnaient non seulement des indices, mais les preuves les plus claires. Nous entendîmes les dépositions d’un nombre immense de citoyens. Ces preuves subsistent encore, et nous les produirons.

Je m’adressai donc à Barbaroux, et lui dis : Depuis quinze jours, je fais de vains efforts pour engager les Marseillais à venir à la caserne des Cordeliers, section du Théâtre Français ; cependant cette section me paraît devoir être, dans des moments de danger, le point de ralliement des patriotes. C’est toujours elle qui a donné l’éveil aux citoyens. Danton y préside ; elle est animée d’un patriotisme brûlant. Si les Marseillais sont là, il sera possible de sortir de notre situation. Elle est terrible. Nous sommes perdus si nous ne parvenons à vider le cheval de Troie. C’est ainsi que j’appelais alors le château des Tuileries. Quinze mille aristocrates soudoyés sont prêts à nous égorger.

L’objet de mon entretien avec Barbaroux n’était donc que de le prier d’engager les Marseillais à venir aux Cordeliers. J’étais instruit de tous les projets de la cour ; nous avions plusieurs bons citoyens qui se glissaient dans le château et qui nous rapportaient ce qui s’y passait. Plusieurs enregistrés de l’infâme Danglemont, payés à 10 livres et 15 livres par jour, étaient cependant de bons patriotes, et venaient nous révéler tous les secrets de cette conjuration.

Que faire dans de si cruelles conjectures ? La bombe allait éclater ; nous étions perdus si nous n’avions l’adresse de prévenir le coup. Beaucoup d’excellents citoyens étaient trop confiants, ils voulaient des preuves judiciaires, mais les preuves politiques nous suffisaient. Nous résolûmes de tout tenter seuls. Nous nous réunîmes donc un certain nombre de bons citoyens pour tramer patriotiquement contre le siège des Tuileries.

Président, vous étiez alors à la mairie, vous devez vous rappeler que quelques jours avant le 10, je vous dis : "Nous ne pouvons plus y tenir, il faut vider le château des conjurés qui y sont réunis par milliers; nous n’avons plus de salut que dans une sainte insurrection". Vous ne voulûtes pas me croire, vous pensiez que le parti aristocratique était abattu, qu’il n’était plus à craindre. Je fus donc obligé de me séparer de vous pour continuer mes opérations.

Nous nous réunîmes aux Cordeliers ; et si notre insurrection n’eût pas été faite, nous serions tous égorgés. Vous en verrez les preuves, elles sont immenses, mathématiques, évidentes ; vous vous rappelez notre position à la mairie ; nous n’y étions que deux chauds patriotes, Sergent et moi ; nous étions environnés de l’aristocratie de nos bureaux et d’espions. Avions-nous un secret patriotique, il était aussitôt éventé.

Nous résolûmes de former un comité secret pour recueillir les renseignements que venaient nous apporter les bons citoyens. Les Marseillais brûlaient, comme nous, du désir d’abattre le despotisme. Ils allèrent loger à la caserne des Cordeliers, ils vinrent dès le lendemain nous demander des cartouches ; nous ne pouvions leur en délivrer sans votre signature, président, mais nous craignions de vous en parler, parce que vous n’étiez pas assez défiant.

Un jeune Marseillais, brûlant de patriotisme, se mettant le pistolet sur la gorge, s’écria : "Je me tue si vous ne me donnez pas les moyens de défendre ma patrie". Il nous arracha des larmes, et enfin nous signâmes seuls l’ordre de délivrer des cartouches.


Quant au citoyen Barbaroux, je ne le vis plus depuis, et j’atteste sur mon serment, que je ne lui ai pas dit un seul mot qui ne fût relatif à la translation des Marseillais, et que je ne lui ai jamais parlé de dictature. D’où a-t-il pu inférer une pareille accusation. Quels sont ses témoins ?"

Rebecqui : "Moi" (7).

Panis : "Vous êtes son ami, je vous récuse.
En vérité, cela ne vous paraît-il pas bien étrange ? Quoi, dans l’instant où les patriotes étaient prêts à être immolés, où notre seul soin, notre seule pensée étaient de faire le siège des Tuileries, nous aurions songé à la dictature dans un moment où nous étions trop persuadés de l’insuffisance de notre force, où je disais à tous mes amis : "Il y a cent à parier contre un que nous succomberons ; mais il vaut mieux prévenir le coup que d’attendre une mort certaine".

Dans ce moment où je croyais à chaque instant voir Paris égorgé, j’aurais songé à établir une autorité dictatoriale ! Elle ne s’établit que par des forces immenses, et nous étions les plus faibles ; jugez des vraisemblances. Cet événement m’avait mis en relation avec les chefs des Marseillais. Je les adjure tous de déclarer si jamais je leur ai parlé de dictature ni de Robespierre ; et certes, si j’avais conçu le projet qu’on nous attribue, ce n’est pas à Barbaroux seul que j’en aurais parlé. Quant aux opérations du comité de surveillance qui a été aussi inculpé, je suis prêt à les justifier"
.

Brissot : "Par quel motif avez-vous délivré un mandat d’arrêt contre un député ? N’était-ce pas pour l’immoler avec les prisonniers de l’Abbaye ?" (8).

Panis : "On ne se reporte pas assez dans les circonstances terribles où nous nous trouvions. Nous vous avons sauvés, et vous nous abreuvez de calomnies. Voilà donc le sort de ceux qui se sacrifient au triomphe de la liberté ! Notre caractère chaud, ferme, énergique, nous a fait, et particulièrement à moi, beaucoup d’ennemis.

Qu’on se représente notre situation, nous étions entourés de citoyens irrités des trahisons de la cour. On nous disait : "Voici un aristocrate qui prend la fuite. Il faut que vous l’arrêtiez, ou vous êtes vous-mêmes un traître". On nous mettait le pistolet sous la gorge, et nous nous sommes vus forcés de signer des mandats, moins pour notre propre sûreté que pour celle des personnes qui nous étaient dénoncées.


Par exemple, beaucoup de bons citoyens vinrent nous dire que Brissot partait pour Londres avec les preuves écrites de ses machinations. Je ne croyais pas, sans doute, à cette inculpation ; mais je ne pouvais répondre personnellement et sur ma tête qu’elle ne fût pas vraie. J’avais à modérer l’effervescence des meilleurs citoyens reconnus pour tels par Brissot lui-même. Je ne crus pouvoir mieux faire que d’envoyer chez lui des commissaires, pour lui demander fraternellement la communication de ses papiers, convaincu que cette communication ferait éclater son innocence et dissiperait les soupçons, ce qui en effet est arrivé.

On a accusé le comité de surveillance d’avoir envoyé des commissaires dans les départements, pour enlever les effets et même arrêter des individus. Voici les faits. Nous étions alors en pleine révolution ; les traîtres s’enfuyaient, il fallait les poursuivre ; le numéraire s’exportait, il fallait l’arrêter. On vint, de la part de plusieurs bons citoyens qui avaient bien mérité de la patrie, nous avertir qu’il y avait à Haussy-le-Franc, dans la maison de madame Louvois, beaucoup d’argenterie qui devait être exportée.

Nous chargeâmes ces citoyens d’y aller en qualité de commissaires. Nous écrivîmes aux officiers municipaux du lieu, pour les inviter à se réunir à nous. Le département s’y opposa. Le maire Guyardel empêcha les commissaires d’être égorgés. Croyez-vous que nous nous fussions exposés à tous ces dangers, si ce n’eût été pour le salut public ?

Oui, nous avons, illégalement si vous voulez, empêché l’exportation de sommes très considérables. Quant à l’inculpation de Barbaroux, je la nie formellement ; je le prie de la soutenir de tout son pouvoir. J’emploierai toutes mes facultés à faire triompher la liberté".


(Marat demande la parole) (9)

(Violents murmures ; cris : "A bas de la tribune")


A suivre sur Paris Tribune...


(1) Adrien, Jean-François, Duport, membre des Etats Généraux au titre de la noblesse, il rallie les idées nouvelles et il siège à l’Assemblée constituante en qualité de représentant de Paris. Il présidera cette assemblée du 15 au 27 février 1791. En juin 1791, il se prononce, pour des motifs juridiques, en faveur de l’absence de poursuite du Roi Louis XVI pour la fuite à Varennes. Ce sera la décision retenue par l’Assemblée. Après la séparation de l’Assemblée constituante, il devient président du tribunal criminel de la Seine jusqu’au 10 août 1792., Il ne faut pas confondre le tribunal criminel, juridiction pénale ordinaire et le tribunal révolutionnaire qui est une juridiction d’exception. Il est arrêté à Melun le 7 septembre 1792 et accusé de compromission avec Louis XVI.

(2) Circulaire di 3 septembre 1792 – extraits : "(…) La Commune de Paris se hâte d’informer ses frères de tous les départements qu’une partie des conspirateurs féroces détenus dans ses prisons a été mise à mort par le peuple : actes de justice qui lui ont paru indispensables pour retenir par la terreur les légions de traîtres cachés dans ses murs, au moment où il allait marcher à l’ennemi (…) et tous les Français s’écrieront comme les Parisiens : "Nous marchons à l’ennemi ; mais nous ne laisserons pas derrière nous ces brigands pour égorger nos enfants et nos femmes". (…) Les administrateurs du Comité du salut public, et les administrateurs adjoints réunis (de la Commune de Paris, NDLR) - Signé: P-J. Duplain, Panis, Sergent, Lenfant, Jourdeuil, Marat, Deforgues, Leclerc, Duffort, Cally, constitués à la Commune et séant à la mairie".

(3) Jacques, Pierre, Brissot est député de l’Eure et Loir à la Convention après avoir été député de Paris à l’Assemblée législative. C’est un girondin.

(4) Etienne, Jean, Panis est député de Paris, montagnard. Il est le beau-frère du Général Santerre qui commande la Garde Nationale et dont il a épousé la sœur.

(5) Charles, Henri, Marie, Barbaroux est député des Bouches du Rhône, girondin.

(6) cf partie 4.

(7) François, Trophime, Rebecqui est député des Bouches du Rhône, girondin.

(8) L’abbaye est une prison parisienne à Saint Germain des Prés qui a été détruite avec le percement du Boulevard Saint Germain.

(9) Jean-Paul Marat est député de Paris, montagnard, créateur du journal "l’Ami du Peuple", hanté par l’idée d’exécution des traîtres.


Sources

"Journal officiel de la Convention Nationale - La Convention Nationale (1792-1793), Procès-verbaux officiels des séances depuis le 21 septembre 1792, Constitution de la grande assemblée révolutionnaire, jusqu'au 21 janvier 1793, exécution du roi Louis XVI, seule édition authentique et inaltérée contenant les portraits des principaux conventionnels et des autres personnages connus de cette sublime époque", auteur non mentionné, Librairie B. Simon & Cie, Paris, sans date, pages 24 à 37.

http://miroir.mrugala.net/Arisitum/textes/revol/rob1.html

http://www.royet.org/nea1789-1794/archives/journal_debats/an/1792/convention_1792_09_25.html

http://jpmarat.de/francais/bougeart/index2.html Marat L'Ami du Peuple par Alfred Bougeart

Léon Thiessé - Les Débats de la Convention, Paris, 1828, - 5 vol.

Assemblée Nationale - http://www.assemblee-nationale.fr/

Dictionnaire des parlementaires français de 1789 à 1889 (A.Robert et G.Cougny)

Histoire politique et constitutionnelle de la France Charles Zorgbibe- Editions Ellipses - Juillet 2002.



Articles :
- 10 avril 2013 : La Révolution s’emballe il y a 220 ans.

- 7 novembre 2012 : Le procès de Louis XVI sur Paris Tribune.
- 3 décembre 2012 : Le Procès du Roi, il y a 220 ans.
- 8 décembre 2012 : Louis XVI peu avant le début de son procès.
- 10 décembre 2012 : Rapport Lindet : historique de la conduite du Roi Louis XVI avant son procès.

- Partie 1 : La Terreur sous la Révolution aurait-elle pu être évitée il y a 220 ans ?
- Partie 2 : La Terreur sous la Révolution aurait-elle pu être évitée il y a 220 ans ?
- Partie 3 : La Terreur sous la Révolution aurait-elle pu être évitée il y a 220 ans ?
- Partie 4 : La Terreur sous la Révolution aurait-elle pu être évitée il y a 220 ans ?
- Partie 5 : La Terreur sous la Révolution aurait-elle pu être évitée il y a 220 ans ?
- Partie 6 : La Terreur sous la Révolution aurait-elle pu être évitée il y a 220 ans ?
- Partie 7 : La Terreur sous la Révolution aurait-elle pu être évitée il y a 220 ans ?
- Partie 8 : La Terreur sous la Révolution aurait-elle pu être évitée il y a 220 ans ?
- Partie 9 - dernière partie : La Terreur sous la Révolution aurait-elle pu être évitée il y a 220 ans ?

- 24 septembre 2012 : « La République est une et indivisible » depuis 220 ans
- 22 septembre 2012 : 220e anniversaire de la naissance de la République.
- 10 août 2012 : 220e anniversaire de la chute de la Monarchie.

- 5 octobre 2011 : Qui convoite la place au métro Convention ?
- 22 juin 2011 : Le Maire de Paris ne connaît pas la rue Thiers.
- 11 juin 2011 : Une guillotine à l’Hôtel Drouot.



Journaliste, coordinateur des articles sur l'histoire, culture et politique, ventes aux enchères. En savoir plus sur cet auteur




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