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La Terreur sous la Révolution aurait-elle pu être évitée ? (Partie 8)

Paris Tribune vous livre en plusieurs articles des débats d’une haute qualité où l’Histoire a hésité sur le cours à venir de la Révolution.


Des Montagnards, députés de Paris, sont accusés de vouloir instaurer la dictature. Le 25 Septembre 1792, Robespierre et Marat sont dénoncés à la Convention.


5 Octobre 2012 - 06:00
     

L’influent girondin Pierre Vergniaud (1) est monté à la tribune. Il s’est livré à un réquisitoire contre le dévoiement de la Révolution : "(…) que des hommes revêtus d’un pouvoir public (…) prêchent le meurtre, qu’ils en fassent l’apologie, il me semble que c’est là un degré de perversité qui ne saurait se concevoir que dans un temps où la morale serait bannie de la terre".

8ème partie

Il dénonce les troubles causés par des écrits de la commune de Paris. Il s’en prend à Marat et à Robespierre tout en ajoutant "je me féliciterai d’une dénégation qui me prouvera que Robespierre aussi a pu être calomnié".

Jusqu’où Pierre Vergniaud veut-il aller ?
Les girondins souhaitent-ils impressionner les montagnards et la commune de Paris en fixant des limites à ne plus franchir ?
Considèrent-ils que cette simple leçon portera ses fruits ?
Ou bien ont-ils l’idée d’aller au terme de l’attaque et que des décrets d’accusation soient pris ?
Ont-ils les moyens en ce cas de les exécuter et leur propre sécurité est-elle assurée ?

Jacques Boileau ne manque pas de courage (2). L’élu girondin de l’Yonne a décidé de pourfendre Marat et de citer "l’Ami du Peuple" pour mieux le démasquer (3).
Une clameur monte dans l‘assemblée : "A l’abbaye !" ; elle signifie que la place de Marat est en prison (4).

Cette fois, Marat est en danger. Il veut répliquer. Il demande la parole tandis que Boileau conclut : "Et moi je demande que ce monstre soit décrété d’accusation !"

Voici la suite des débats :

Guadet : "Je demande que Marat parle à la barre !" (5).

Marat : "Je supplie l’Assemblée, dans son intérêt, de ne pas se livrer à un excès de fureur contre moi".

Larivière : "Je demande que cet homme soit interpellé purement et simplement d’avouer ou de désavouer l’écrit" (6).

Marat : "Je n’ai pas besoin d’interpellation ! ... On a osé, on ose encore m’inculper à cette tribune ; on a la rare audace de me reprocher comme titres de réprobation des décrets de prises de corps lancés contre moi par les suppôts du despotisme, des décrets d’accusations provoqués dans la précédente assemblée par les représentants du peuple les plus notoirement prostitués à la cour ! ... Eh bien, Messieurs, je le dis hautement, ces décrets m’honorent ; ce sont des brevets de civisme dont je suis fier... Et si parmi vous, il en est qui ne savent pas apprécier de pareils titres, je me permettrai de leur faire observer que le peuple, en m’appelant à siéger ici, en me donnant le mandat de défendre ses intérêts et ses droits, a annulé tous ces décrets arbitraires, a jugé que ma cause était la sienne, et m’a déclaré pur. Or vous n’avez pas le droit de vous élever contre le jugement du peuple ; car c’est de lui, vous aussi, que vous tenez votre pouvoir, et vous êtes dans cette enceinte au même titre que moi.

On vient de m’accuser comme un perfide, un traître, un machinateur ; un des mes collègues est monté à cette tribune, tenant à la main le numéro 685 de l’Ami du peuple, le dernier paru de ce journal, et il vous en a lu un fragment d’article, perfidement commenté par lui, et c’est là ce qu’il vous a donné comme preuve de sa délation ! ... On s’adresse à la majorité d’entre vous, députés nés d’hier à la vie politique, arrivés pour la plupart des points les plus divers et les plus éloignés du territoire et n’ayant pas vu de près les terribles événements de Paris ; on vous a depuis longtemps prévenus contre moi, en semant à profusion dans les provinces de perfides écrits payés avec les fonds secrets des ministères..."

(Murmures à droite)

"Murmurez, si cela vous plaît ; vous ne m’empêcherez pas de dire ce qui est la vérité... Eh ! Qui donc paie l’impression de toutes ces feuilles rédigées en faveur de certains ministres, feuilles que l’on ne vend pas au public des départements, mais qu’on lui distribue par centaines de mille ! ...

Je reprends : on m’a dépeint d’avance à vous comme un monstre ; on m’a représenté depuis longtemps comme un homme violent à l’excès, et vous pouvez cependant constater que s’il y a ici des violences, c’est contre moi qu’elles s’exercent, et que je suis aussi calme, aussi modéré que mes ennemis sont emportés et furieux. Si j’ai eu des colères, ce n’a jamais été que contre la royauté odieuse et ses suppôts ; jamais je n’ai attaqué un républicain sincère. Je me suis créé, il est vrai, des inimitiés en signalant à la méfiance publique les faux patriotes, à une époque d’aveuglement où chacun les portait aux nues ; voilà mon crime ; mais, tout récemment ici, vous avez vous-même reconnu leur trahison, en applaudissant celui d’entre nous qui vous disait ne plus croire au serment, vu que les serments ont été prêté par des Lafayete, des Lameth, et d’autres qui ne les ont pas tenus... Ah ! Messieurs, quand on s’est donné la mission d’arracher les masques, on accumule contre soi d’implacables haines ; il n’est pas d’exemple dans l’histoire d’un seul homme qui ait combattu les hypocrites sans avoir par cela même fait crever sur sa tête l’ouragan des plus lâches calomnies.

Et quand j’ai été ainsi, au préalable, dépeint à vous sous les couleurs les plus noires, c’est alors que l’on vient vous dire que je veux bouleverser l’Etat, le jeter dans le trouble et la confusion, et que je médite l’égorgement de la Convention nationale. On s’appuie sur un ancien article de journal que l’on a adroitement, mais déloyalement, défiguré, dont on n’a lu que des phrases morcelées, et dont on vous a fait connaître quelques lignes de conclusion sans mettre sous vos yeux les prémisses. Cette manoeuvre est perfide, et je la dénonce au mépris des honnêtes gens. Ceux qui s’en sont rendus coupables sont du reste pour moi, non des adversaires politiques, mais des ennemis personnels ; ce sont les mêmes que j’ai sans cesse démasqués, et que, sans crainte d’être démenti par l’avenir, je vous signale comme les plus mortels ennemis de la patrie. Ils sont des agents de discorde : quand il est nécessaire pour le salut de la France envahie que toutes les forces s’unissent, que la République soit une est indivisible, ils en projettent dans l’ombre le morcellement, ils rêvent de fractionner le territoire en je ne sais quelles fédérations. Ces hommes pervers, ce sont les membres de la faction Brissot ; les voici, là et là..."

(L’orateur désigne du doigt plusieurs députés)

"Qu’ils osent me fixer maintenant !"

(Vive agitation)

"Le numéro de l’Ami du peuple, dont Boileau vous a lu un passage, avait déjà été reproduit il y a dix jours dans une affiche de votre président Pétion. C’est vous dire qu’il n’est pas d’hier et qu’il remonte à une époque antérieure à la réunion de cette assemblée. Quand cet article ne serait pas l’exposé simple de mes craintes et de mes opinions, toujours serait-il vrai que je n’y juge de la composition de l’assemblée que d’après la nomination alarmante d’un grand nombre de députés infidèles des deux précédentes législatures ; et certes j’avais bien le droit de faire cette constatation ;

Mais ce qu’on ne vous a pas dit, c’est que, dès que la Convention a été constituée, j’ai conçu en elle un meilleur espoir ; ce qu’on ne vous a pas lu, c’est le jugement que j’en porte dans le numéro du Journal de la République Française, feuille que je publie actuellement.

Permettez-moi de vous lire à mon tour cet article pour ma défense, car l’on ne pourra dire que je viens de le rédiger à l’instant pour les besoins de ma cause ; vous y verrez l’hommage que je rends aux premiers travaux de l’Assemblée conventionnelle..."

( - "Lisez ! Lisez !"
- "Non ! Non ! Le décret d’accusation ! A l’Abbaye ! ")


(L’Assemblée ordonne que cet écrit sera lu par un secrétaire)


A suivre sur Paris Tribune la dernière partie des débats d’une haute qualité où l’Histoire a hésité sur le cours à venir de la Révolution...


(1) Pierre, Victurnien Vergniaud est député de la Gironde. C’est l’un des chefs des girondins.

(2) Jacques Boileau ou Boilleau d’Asson est député de l’Yonne, girondin.

(3) Jean-Paul Marat est député de Paris, montagnard, créateur du journal "l’Ami du Peuple", hanté par l’idée d’exécution des traîtres.

(4) L’abbaye est une prison parisienne à Saint Germain des Prés qui a été détruite avec le percement du Boulevard Saint Germain.

(5) Marguerite, Elie Guadet est député de la Gironde, girondin.

(6) Pierre, François, Joachim, Henry-Larivière est député du Calvados, girondin.


Sources

"Journal officiel de la Convention Nationale - La Convention Nationale (1792-1793), Procès-verbaux officiels des séances depuis le 21 septembre 1792, Constitution de la grande assemblée révolutionnaire, jusqu'au 21 janvier 1793, exécution du roi Louis XVI, seule édition authentique et inaltérée contenant les portraits des principaux conventionnels et des autres personnages connus de cette sublime époque", auteur non mentionné, Librairie B. Simon & Cie, Paris, sans date, pages 24 à 37.

http://miroir.mrugala.net/Arisitum/textes/revol/rob1.html

http://www.royet.org/nea1789-1794/archives/journal_debats/an/1792/convention_1792_09_25.html

http://jpmarat.de/francais/bougeart/index2.html Marat L'Ami du Peuple par Alfred Bougeart

Léon Thiessé - Les Débats de la Convention, Paris, 1828, - 5 vol.

Assemblée Nationale - http://www.assemblee-nationale.fr/

Dictionnaire des parlementaires français de 1789 à 1889 (A.Robert et G.Cougny)

Histoire politique et constitutionnelle de la France Charles Zorgbibe- Editions Ellipses - Juillet 2002.



Articles :
- 10 avril 2013 : La Révolution s’emballe il y a 220 ans.

- 7 novembre 2012 : Le procès de Louis XVI sur Paris Tribune.
- 3 décembre 2012 : Le Procès du Roi, il y a 220 ans.
- 8 décembre 2012 : Louis XVI peu avant le début de son procès.
- 10 décembre 2012 : Rapport Lindet : historique de la conduite du Roi Louis XVI avant son procès.

- Partie 1 : La Terreur sous la Révolution aurait-elle pu être évitée il y a 220 ans ?
- Partie 2 : La Terreur sous la Révolution aurait-elle pu être évitée il y a 220 ans ?
- Partie 3 : La Terreur sous la Révolution aurait-elle pu être évitée il y a 220 ans ?
- Partie 4 : La Terreur sous la Révolution aurait-elle pu être évitée il y a 220 ans ?
- Partie 5 : La Terreur sous la Révolution aurait-elle pu être évitée il y a 220 ans ?
- Partie 6 : La Terreur sous la Révolution aurait-elle pu être évitée il y a 220 ans ?
- Partie 7 : La Terreur sous la Révolution aurait-elle pu être évitée il y a 220 ans ?
- Partie 8 : La Terreur sous la Révolution aurait-elle pu être évitée il y a 220 ans ?
- Partie 9 - dernière partie : La Terreur sous la Révolution aurait-elle pu être évitée il y a 220 ans ?

- 10 août 2012 : 220e anniversaire de la chute de la Monarchie.
- 22 septembre 2012 : 220e anniversaire de la naissance de la République.
- 24 septembre 2012 : « La République est une et indivisible » depuis 220 ans

- 11 juin 2011 : Une guillotine à l’Hôtel Drouot.
- 22 juin 2011 : Le Maire de Paris ne connaît pas la rue Thiers.
- 5 octobre 2011 : Qui convoite la place au métro Convention ?



Journaliste, coordinateur des articles sur l'histoire, culture et politique, ventes aux enchères. En savoir plus sur cet auteur




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