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La Terreur sous la Révolution aurait-elle pu être évitée ?

Paris Tribune vous livre en plusieurs articles des débats d’une haute qualité où l’Histoire a hésité sur le cours à venir de la Révolution.


Après l’abolition de la royauté et la proclamation de l’an I de la République, la Révolution n’emporte pas l’unanimité dans la population. Les révolutionnaires sont divisés sur les objectifs et rivaux sur la conquête du pouvoir.


31 Août 2012 - 00:00
     

Le 25 Septembre 1792, Robespierre et Marat dénoncés à la Convention. Des Montagnards, députés de Paris, accusés de vouloir instaurer la dictature. (Partie 1/9)

1ère partie

La Convention Nationale est dans l’effervescence. La République est née.

Elue au suffrage universel masculin à deux degrés mais avec une très faible participation de l’ordre de 10%, les 749 députés se répartissent entre Girondins et Montagnards, deux courants sensiblement égaux d’environ 200 membres, tandis que la Plaine est constituée de députés qui sont moins marqués dans leur idéologie et qui soutiennent parfois les uns, parfois les autres. La Plaine alors qu’elle est majoritaire ou pourrait l’être, n’est pas unie et n’a pas de chefs représentatifs au début de la législature.

La France est en guerre. Des troupes étrangères sont sur le territoire. La Révolution n’emporte pas l’unanimité dans la population. Les révolutionnaires sont divisés sur les objectifs et rivaux sur la conquête du pouvoir.

Quatre jours après l’abolition de la royauté et trois jours après avoir décrété l’an I de la République, nouvelle séance de la Convention, elle est mouvementée. Elle s’inscrit dans le sillage de celle de la veille où Kersaint, député de Seine et Oise, girondin, a déclaré « Il est temps d'élever des échafauds pour les assassins, il est temps d'en élever pour ceux qui provoquent l'assassinat ».

Le 24, la Convention lève ses travaux après l’adoption de trois textes : compte-rendu de la situation de Paris ; loi à présenter contre les provocateurs au meurtre et à l'assassinat ; vote d'une force publique prise dans les quatre-vingt-trois départements (Moniteur, 25-26 septembre). Marat et les députés de Paris sont visés. La force prise dans l’ensemble des départements tend à délivrer la Convention de toute pression des révolutionnaires parisiens.

C’est le début de séance, le matin du mardi 25 septembre 1792. Le Président annonce : « On vient de m'avertir que des particuliers veulent entrer de force dans l’intérieur de la salle : j’observe qu’il n'y a que les députés qui puissent y entrer, et je prie tous ceux qui ne sont pas députés et qui se trouvent dans l’enceinte de la salle, de vouloir bien sortir ».

Puis, la Convention aborde l’ordre du jour. L’assemblée décide d’abord que toutes fonctions sont incompatibles avec celles de législateurs. Un débat s’engage sur la formation d’une garde pour la Convention nationale décidée lors de la séance précédente. Beaucoup de députés veulent prendre la parole et le Président rappelle au calme.

C’est alors que Merlin de Thionville, député de Moselle, montagnard, prend la parole et qu’ensuite Lasource, député du Tarn, et Barbaroux, député des Bouches du Rhône, vont mener la charge. Ils rebondissent sur la déclaration de Kersaint la veille. Les Girondins montent à la tribune non pour évoquer l’ordre du jour prévu mais pour dénoncer le pouvoir dictatorial.

Paris Tribune vous livre, en huit articles publiés en feuilleton, ces débats d’une haute qualité où l’Histoire a hésité sur le cours à venir de la Révolution :

Merlin : « J’ai demandé la parole pour parler de l’ordre du jour ? Et le véritable ordre du jour, c’est de faire cesser les défiances qui peuvent perdre la chose publique, en nous divisant. Buzot a dit hier qu’il fallait que l’assemblée fut environnée d’une garde formée par des hommes des 83 départements de la République ; et moi je dis : Il faut que lorsque nos concitoyens vont combattre les ennemis de la liberté, ils soient certains de combattre pour tous les individus qui composent la République et non pour des dictateurs et des triumvirs. Je demande à ceux qui connaissent dans cette assemblée des hommes assez pervers pour demander le triumvirat ou la dictature m’indiquent ceux que je dois poignarder. J’invite donc Lasource, qui m’a dit hier qu’il existait dans l’Assemblée un parti dictatorial, à me l’indiquer et je déclare que je suis prêt à poignarder le premier qui voudrait s’arroger un pouvoir de dictateur ».

Lasource : « Il est bien étonnant qu’en m’interpellant le citoyen Merlin me calomnie. Je ne lui ai point parlé d’un dictateur, ni d’une dictature, c’est-à-dire du pouvoir d’un seul; mais je lui est parlé d’un pouvoir dictatorial, auquel je voyais tendre quelques hommes habiles dans l’intrigue, avides de domination. C’est une conversation particulière que le citoyen Merlin révèle ; mais loin de me plaindre de cette indiscrétion, je m’en applaudis; car ce que j’ai dit en particulier, je le redirai à cette tribune, et c’est un besoin de mon coeur.

Hier au soir, dans une assemblée publique, j’entendis dénoncer les deux tiers de la Convention nationale comme aspirant à écraser les vrais amis du peuple et à détruire la liberté. En sortant, quelques citoyens se réunirent autour de moi ; je leur témoignai, avec une chaleur dont je ne sais point me défendre quand il s’agit de ma patrie, mes inquiétudes, ma douleur et mon indignation. Merlin s’arrêta avec nous, je ne lui tus pas mes sentiments.

On criait contre le projet de loi proposé pour la punition des provocateurs au meurtre et à l’assassinat. J’ai dit et je dis encore que cette loi ne peut effrayer que ceux qui méditent des crimes, et qui, en évitant dans l’ombre les vengeances de la loi, cherchent à les faire tomber tout entières sur le peuple qu’ils sacrifient en s’en disant les amis. On criait contre la proposition de confier la Convention nationale à une garde composée de citoyens de tous les départements. J’ai dit et je dis encore que la Convention nationale ne peut ôter à tous les départements de la république le droit de suivre le dépôt commun, de veiller de concert sur leurs représentants. On ne cesse de répéter que ce serait montrer de la défiance pour le peuple de Paris qui toujours a si bien gardé l’Assemblée nationale. Ce n’est pas le peuple que je crains, c’est lui qui nous a sauvés ; et puisqu’il faut parler enfin des dangers que chacun a courus, je rendrai avec plaisir hommage aux citoyens de Paris ; ce sont eux qui m’ont sauvé là (sur la terrasse des Feuillants), ce sont eux qui détournèrent de moi la mort dont j’étais menacé, qui éloignèrent de mon sein trente coups de sabre dont sans eux j’aurais été atteint dans la journée du 10 août. Mais je distingue soigneusement entre le peuple que j’aime et que je servirai sans cesse, et les scélérats qui se couvrent de son nom et pour lesquels je n’aurai jamais que haine et qu’horreur.

Ce n’est pas le citoyen que je crains, mais c’est le brigand qui pille ou l’assassin qui poignarde ; et ceux-là, s’étonne-t-on que nous le craignions ?

J’interpelle à mon tour le citoyen Merlin. N’est-il pas vrai que lui-même ma averti en confidence, un de ces jours, au Comité de surveillance, que je devais être assassiné sur ma porte, ainsi que plusieurs de mes collègues, au moment où je rentrerais chez moi ? Ce n’est donc point contre le peuple de Paris que la Convention nationale a besoin d’une garde commune à tous les départements de la République, mais contre les assassins dont les ennemis de la patrie aiguisent les poignards et dirigent les coups.

Je déclare ici hautement que je voterai pour que tous les départements concourent à la garde du corps législatif. Je crains le despotisme de Paris, et je ne veux pas que ceux qui y disposent de l’opinion des hommes qu’ils égarent, dominent la Convention nationale et la France entière. Je ne veux pas que Paris, dirigé par des intrigants, devienne dans l’empire français ce que fut Rome dans l’empire romain.

Il faut que Paris soit réduit à un quatre-vingt-troisième d’influence, comme chacun des autres départements ; jamais je ne ploierai sous son joug; jamais je ne consentirai qu’il tyrannise la République, comme le veulent quelques intrigants contre lesquels j’ose m’élever le premier, parce que je ne me tairai jamais devant aucune espèce de tyran.

J’en veux à ces hommes qui n’ont cessé de provoquer les poignards contre les membres de l’Assemblée législative qui ont le plus fermement défendu la cause de la liberté : j’en veux à ces hommes qui, voulant écarter de la Convention nationale les membres de l’Assemblée législative, dont ils redoutaient la résistance et l’énergie, ont tenté de les faire égorger quand ils ont vu qu’ils ne pouvaient se débarrasser d’eux que par ce moyen. J’en veux à ces hommes qui, le jour même où se commettaient les massacres, ont porté leur scélérate audace jusqu’à décerner des mandats d’arrêt contre huit députés de la législative, qui n’avaient cessé de servir la cause de la liberté, qui n’avaient pas perdu un seul instant la confiance de l’empire, qui n’avaient émis une seule opinion anti-populaire.

Sont-ils les amis du peuple, ceux qui dirigeait les poignards contre ses plus constants amis ? Ah ! Ce sont eux qui sont les ennemis, les seuls ennemis de la République. Oui, ils veulent amener l’anarchie par les désordres des brigands envoyés par Brunswick, et parvenir, par cette anarchie, à la domination dont ils ont soif ! Je ne désigne ici personne, parce que jusqu’à présent j’ai mieux vu les choses que les individus. Je suis le projet avec soin. J’ai soulevé le rideau. Lorsque les hommes que je dénonce m’auront fourni assez de traits de lumière pour les voir et les montrer à la France, je viendrai les démasquer à cette tribune, je viendrai les attaquer, dussè-je, en sortant de cette enceinte, tomber sous leurs coups homicides.

Je répète, en finissant, à la face de la république, ce que j’ai dit au citoyen Merlin en particulier. Je crois qu’il existe un parti qui veut dépopulariser la Convention nationale, qui veut la dominer et la perdre, qui veut régner sous un autre nom, en réunissant tout le pouvoir national entre les mains de quelques individus.
Ma prédiction sera peut-être justifiée par l’événement ; mais je suis bien loin de croire que la France succombe sous les efforts de l’intrigue ; et j’annonce aux intrigants que je ne crains point, qu’à peine démasqués ils seront punis, et que la puissance nationale, qui a foudroyé Louis XVI, foudroiera tous les hommes avides de domination et de sang ».

(On applaudit)

Osselin : « Voulez-vous faire cesser ces malheureuses discussions ? Faites que chacun s’explique librement, et je ne doute pas que chacun de nous soit prêt à le faire. J’invite donc tous les membres de la députation de Paris à venir s’expliquer à cette tribune : car il faudrait être ignare ou scélérat pour prétendre à la dictature. Je demande donc que chacun de nous déclare qu’il ne veut vivre que pour la liberté et l’égalité, et que, comme moi, il veut avoir la République la plus démocratique possible ». (1)

Barbaroux : « Oui, je dis qu’il existe un parti dans cette assemblée, c’est le parti de Robespierre. Voilà l’homme que je vous dénonce ».

A suivre sur Paris Tribune...


(1) Charles, Nicolas, Osselin est député de Paris, montagnard.


Plaque apposée face au 228, rue de Rivoli 75001 Paris :
"Sur cet emplacement, avant l’ouverture de la rue de Rivoli S’élevait la salle du Manège où siégèrent successivement l’Assemblée Constituante du 9 novembre 1789 au 30 septembre 1791, l’Assemblée Législative du 1er octobre 1791 au 21 septembre 1792, la Convention Nationale du 21 septembre 1792 au 9 mai 1793 et où fut instituée la République le 21 septembre 1792".

Sources

"Journal officiel de la Convention Nationale - La Convention Nationale (1792-1793), Procès-verbaux officiels des séances depuis le 21 septembre 1792, Constitution de la grande assemblée révolutionnaire, jusqu'au 21 janvier 1793, exécution du roi Louis XVI, seule édition authentique et inaltérée contenant les portraits des principaux conventionnels et des autres personnages connus de cette sublime époque", auteur non mentionné, Librairie B. Simon & Cie, Paris, sans date, pages 24 à 37.
http://miroir.mrugala.net/Arisitum/textes/revol/rob1.html
http://www.royet.org/nea1789-1794/archives/journal_debats/an/1792/convention_1792_09_25.html
http://jpmarat.de/francais/bougeart/index2.html Marat L'Ami du Peuple par Alfred Bougeart
Léon Thiessé - Les Débats de la Convention, Paris, 1828, - 5 vol.
Assemblée Nationale - http://www.assemblee-nationale.fr/
Dictionnaire des parlementaires français de 1789 à 1889 (A.Robert et G.Cougny)
Histoire politique et constitutionnelle de la France Charles Zorgbibe- Editions Ellipses - Juillet 2002.

 

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Journaliste, coordinateur des articles sur l'histoire, culture et politique, ventes aux enchères. En savoir plus sur cet auteur




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