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Public Enemies au Gaumont Clichy : le retour du film noir ?

Huitième Tribune


Robin des Bois ressuscité à la faveur de la crise.


Ghislain Fornier de Violet
9 Juillet 2009 - 11:07
     

Film noir

On peut résumer ainsi le dernier film de Michael Mann vu en VO au Gaumont Place Clichy. Ce dernier sent bien l’air du temps en nous offrant une histoire ancrée dans la Grande Dépression américaine des années 1930. Un univers de truands, de mafia, et de banques. Le film, basé sur l’histoire vraie de John Dillinger, fameux gangster des années 1930, nous raconte l’histoire de sa traque par l’agent du FBI Melvin Purvis. Dillinger, incarné par Johnny Depp, est une sorte de criminel magnanime qui ne détrousse que l’Etat, non les particuliers. Echappé d’un pénitencier avec plusieurs acolytes, Dillinger reprend ses vols à grande échelle et sillonne les Etats-Unis, tout en entretenant une relation rendue par conséquent compliquée avec une jeune hôtesse, Billie Frechette, figurée par Marion Cotillard. L’histoire met également l’accent sur l’émergence du FBI, et son rôle novateur dans la traque des criminels à l’échelle fédérale.
(c) Public Enemies
(c) Public Enemies

Une intrigue à gros traits

Si le charme rétro du banditisme américain des années 1930 a tout pour plaire, le traitement des protagonistes et de l'intrigue laisse à désirer. Les personnages sont souvent caricaturaux ou sans histoire, exagérément grimaciers. L’ensemble manque de profondeur psychologique, et l’approche réaliste de Mann nous présente une intrigue largement décousue. La caméra reste principalement focalisée sur Dillinger, mais celui-ci conserve le mystère qui sied à tout virtuose du crime. Les premières images nous impriment dans le cerveau qu’il s’agit là d’un personnage surdoué, et le reste du film se dispense donc de creuser un peu plus sa personnalité. L’opacité du protagoniste nous laisse donc frustré d’empathie. On ne cesse en fait de se demander après quoi ce Dillinger coure t-il pendant plus de deux heures : la gloire ? L’amour ? La liberté ? Autant de questions sans réponses. On pourra regretter également que Mann passe sous silence tout l’arrière-plan de misère sociale qui caractérise cette période de l’Histoire Américaine marquée par le krack boursier. Compréhensible pour un américain qui connaît au préalable l’histoire du bandit, moins évident pour tout autre spectateur non-initié. En revanche, on peut constater que Public Enemies ne manque pas de similarités avec certains enjeux actuels.

Le bon vieux temps

Les banques, braquages obligent, sont un élément central du film. Ces banques, contrairement à leurs cousines actuelles, sont bien identifiables : buildings, coffres-forts, sacs remplis de billets de banque. On est encore bien loin de la titrisation, des fonds d’investissements et des crédits subprimes. Le film semble suggérer ceci : « c’était alors le bon vieux temps où les banques pouvaient se faire dévaliser, au lieu de dévaliser leurs propres clients comme elles le font de nos jours, à coup de crédits à taux variables, de saisies immobilières et d’escroqueries à la Madoff ».
Le film de Mann exprime la nostalgie d’une Amérique disparue, celle des chapeaux mous, de la prohibition et des grosses cylindrées polluantes. Mann prend le contre-pied des films noirs américains et de leur vision résolument pessimiste de l’Amérique des années 1930. Si Public Enemies ne manque pas de violence, le film idéalise le banditisme. Une position opposée au regard réprobateur porté sur la mafia dans d’autres films tels que Les sentiers de la perdition, de Sam Mendes.

Un film exutoire

Public Enemies fonctionne comme une catharsis cinématographique, à travers laquelle la middle class américaine peut expulser toute sa haine des banques et des banquiers, ces mêmes banquiers qui ont saisi les biens des ménages insolvables et ont entraîné le monde dans la crise financière. La popularité de Dillinger, dépeinte dans le film, donne corps à nos rancœurs et à nos fantasmes de revanche sur le système financier sauvage. Quant on voit la renommée ambigüe de Jérôme Kerviel, le cauchemar de la Société Générale, dans l’imaginaire collectif français, on se dit que celle de Dillinger a pu effectivement se justifier à l’époque, dans un même contexte de crise. Ces derniers mois, les héros-gentleman cambrioleurs et autres bad boys se sont succédés dans le paysage cinématographique français : la saga Mesrine de Jean-François Richet, ou encore Sans arme, ni haine, ni violence, de Jean-Paul Rouve. La forêt de Sherwood se retrouve encombrée d’autant de Robins des Bois qui suscitent indulgence ou admiration.
Public Enemies accorde également une large part à la voiture. Les course-poursuites en bolides V8 nous rappellent cette époque où Ford et General Motors régnaient en maîtres sur le marché automobile. La voiture était alors synonyme de prospérité, de progrès et de liberté. L’avènement des voitures écologiques remise aujourd’hui les Buick de GM aux musées de l’automobile. Le film semble jeter un regard nostalgique vers une époque qui prend fin, avant l'avènement d'une société de développement durable.




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